Au Bénin, les sujets liés à la santé sexuelle et reproductive continuent d’être tabous. À Abomey-Calavi et à Cotonou, nombre de jeunes filles ont leur première menstruation sans savoir de quoi il s’agit. Entre panique et stress, elles se replient sur elles, de peur d’être jugées.
« J’étais partie au moulin pour moudre le maïs. Soudain, une petite fille me dit qu’il y a du sang dans mon pagne », confie Sofiatou (nom d’emprunt), une jeune fille résidant à Abomey-Calavi.
Toute en panique, Sofiatou plie son pagne pour cacher la partie tachée et rentre à la maison. Aux toilettes, elle se fouille à la recherche d’une éventuelle blessure, sans rien trouver. Elle change de pagne en attendant le retour de sa sœur aînée, avec qui elle vivait. « Je ne savais que penser. Mille et une choses me passaient dans la tête », se souvient-elle.
Sa sœur arrive finalement, lui explique de quoi il s’agit et l’aide à faire sa première couche menstruelle en pagne. « J’étais soulagée de savoir que c’est une chose normale. Mais je ne me sentais pas prête pour une telle aventure. Ça fait déjà deux ans mais je ne maîtrise toujours pas mon cycle », a-t-elle déclaré.
L’histoire de Priscillia n’est pas loin de celle de Sofiatou. Elle a eu ses premières règles à 12 ans, en classe de 5ᵉ. Alors qu’elle entendait sa mère dire qu’elle allait tuer sa fille si jamais elle avait ses menstrues avant 17 ans, elle a caché sa situation. « Pour ma maman, il faut avoir entre 17 et 18 ans. Sinon c’est que tu es une fille gâtée. Je me posais beaucoup de questions parce que je n’avais rien fait de mauvais, mais ça m’est arrivé tôt », explique-t-elle. C’est trois ans plus tard que sa mère l’apprend et fait un scandale, avant d’être éclairée par des voisins sur le fait que sa fille n’était pas à condamner.
Pendant qu’elle gérait ses menstruations en secret, il arrivait à Priscillia de se retrouver tachée à l’école et d’essuyer des moqueries. Elle suppliait certains camarades de ne jamais en parler à sa mère, ce qui a ouvert la porte au harcèlement et au chantage, subis durant plusieurs années. « C’était cauchemardesque pour moi. Cet épisode m’a laissé beaucoup de traumatismes. Mon estime de soi a reçu un grand coup. Jusqu’à présent j’en guéris peu à peu », avoue la jeune fille, les larmes aux yeux.
« En notre temps, une fille a généralement ses premières règles entre 17 et 18 ans. Une fille qui a ça plus tôt est considérée comme une mauvaise fille. J’ai agi en fonction des informations que j’avais à ce moment. J’aurais souhaité faire mieux et être plus présente pour ma fille à cette étape de sa vie », confie la mère de Priscillia, le cœur visiblement lourd de regrets.
Au Bénin comme dans bien des pays d’Afrique, les menstruations restent enveloppées de silence, entre croyances populaires mal fondées et pudeur culturelle.
Quand la parole commence à se libérer
Au Bénin, depuis quelques années, un bris de silence progressif s’observe autour des menstruations. Des organisations multiplient les campagnes de sensibilisation sur la santé, la dignité et la justice menstruelle. En août 2026, le consortium Règle-Moi Ça a formé une trentaine de journalistes et créateurs de contenus à Cotonou pour un traitement médiatique plus juste des menstruations. En 2025, la Fondation des Jeunes Amazones pour le Développement (Fjad) a organisé la première édition de la Semaine de la Dignité menstruelle (Sedim). À la Place de l’Amazone, les participantes ont revendiqué la nécessité de réhabiliter le sang menstruel, souvent associé à la honte et au silence, à travers prises de parole, performances artistiques et échanges publics. Pour de nombreuses militantes, en parler ouvertement est devenu une manière de lutter contre les traumatismes, les discriminations et la précarité menstruelle que vivent encore des milliers de jeunes filles.
La Fondation Victoire Davison et DG Partners ONG sensibilisent également les jeunes en milieu scolaire sur l’hygiène menstruelle et offrent les kits hygiéniques aux filles. « De nombreuses élèves continuent de rater des cours, des compositions, des interrogations à cause des menstruations. La bonne gestion des règles en milieu scolaire est importante pour le maintien des filles à l’école et pour un bon rendement scolaire », indique Dorice Djeton, présidente de DG Partners ONG.
Entre croyances populaires et réalités scientifiques
Comme pour Priscillia, dans plusieurs familles béninoises, la précocité des menstruations continue d’alimenter incompréhensions et jugements. Pourtant, selon des spécialistes de la santé et plusieurs études scientifiques internationales, cela est lié à de nombreux facteurs biologiques et environnementaux.
Des recherches relayées par National Geographic indiquent que le surpoids infantile, l’alimentation moderne, le stress psychologique ainsi que l’exposition aux perturbateurs endocriniens présents dans certains plastiques, cosmétiques ou pesticides peuvent accélérer le déclenchement de la puberté. Le Manuel MSD, référence médicale internationale, précise que des causes hormonales ou génétiques peuvent aussi expliquer des règles précoces chez certaines adolescentes.
Alors que dans plusieurs communautés, les menstruations précoces demeurent associées à une prétendue « dépravation » des jeunes filles, les professionnels de santé rappellent qu’il s’agit avant tout d’un phénomène naturel, dont les causes dépassent largement les croyances populaires et les considérations morales. Une information transmise tôt aux filles sur les menstruations leur évite bien des paniques et des secrets douloureux.
Comprendre et bien gérer son cycle menstruel
Selon Asmine Olympio, spécialiste en Gestion de l’hygiène menstruelle (Ghm), un cycle menstruel correspond à la période allant du premier jour des règles jusqu’à la veille des menstruations suivantes. Sa durée varie généralement entre 21 et 35 jours, avec une moyenne estimée à 28 jours, déterminée par l’observation sur plusieurs mois.
Pour anticiper l’arrivée des prochaines règles, il est recommandé de noter la date de début des menstruations et d’y ajouter la durée moyenne de son cycle. Une jeune fille dont le cycle est évalué à 28 jours et dont les règles ont commencé le 1er du mois peut ainsi s’attendre à un retour autour du 29. Mais les experts rappellent que cette estimation reste approximative, le stress, l’alimentation ou les variations hormonales peuvent influencer la régularité du cycle.
Les spécialistes recommandent de changer sa serviette hygiénique toutes les 4 à 6 heures en temps normal, et toutes les 2 à 3 heures en cas de flux abondant, sans jamais dépasser 8 heures, afin de prévenir infections, mauvaises odeurs et irritations.
« Quand vous utilisez les serviettes traditionnelles, c’est-à-dire le pagne, il faut le rincer proprement, le laver avec un savon sans soude, le sécher au soleil ou le repasser au fer chaud, ou verser de l’eau chaude dessus avant de sécher, pour tuer les microbes avant réutilisation », ajoute Asmine Olympio.
Des gestes simples, mais qui restent inconnus de nombreuses filles livrées à elles-mêmes lors de leurs premières règles. Briser le silence autour des menstruations, c’est donner à chaque fille les informations pour vivre ce moment sans peur ni honte et couper court au cycle de la stigmatisation.
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Nos mamans devraient en principe enseigner à leurs filles après neuf ans de quoi s’
attendre quand elles atteignent l’âge de menstruation. Et cette leçon n’est pas un taboo; mais plutôt la loi de la nature.