Sénégal : Diomaye Faye propose de remplacer la Déclaration de 1789 par la Charte du Mandé

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a rendu public, le 27 avril 2026, un avant-projet de révision constitutionnelle qui retire la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 du préambule de la loi fondamentale et la remplace par la Charte du Mandé. Ce texte fait partie d’un ensemble de quatre avant-projets de loi soumis à consultation publique, issus des dialogues nationaux organisés en 2024 et 2025.

Un référentiel africain du XIIIe siècle

La Charte du Mandé, également connue sous le nom de Charte de Kouroukan Fouga, aurait été proclamée en 1236 après la victoire de Soundjata Keïta sur Soumaoro Kanté à la bataille de Kirina. Composée de 44 articles, elle couvre la paix sociale, l’inviolabilité de la personne humaine, l’abolition des razzias esclavagistes, la liberté d’expression et la sécurité alimentaire. L’UNESCO l’a inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Sa légitimité historique reste toutefois débattue : transmise oralement pendant sept siècles par les griots, elle n’a été transcrite qu’en 1998 lors d’un atelier organisé à Kankan, en Guinée. Des historiens contestent la portée de cette reconstitution tardive.

Lors d’une rencontre avec des ambassadeurs de la paix le 30 avril 2026, Diomaye Faye a justifié la démarche en affirmant que « la Constitution ne nous appartient pas », soulignant que les réformes concernent l’ensemble de la société sénégalaise. La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, à laquelle le Sénégal est signataire, ne serait pas affectée par cette modification du préambule.

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Un passage parlementaire facilité

La révision constitutionnelle fait partie d’un agenda institutionnel plus large incluant la création d’une Cour constitutionnelle en remplacement du Conseil constitutionnel, l’instauration d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI) et la modernisation du cadre juridique des partis politiques. Depuis les législatives anticipées du 17 novembre 2024, le Pastef dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale, ce qui réduit les obstacles au vote de la révision. La Constitution sénégalaise prévoit toutefois la possibilité d’un recours au référendum pour les modifications les plus structurantes.

Les quatre avant-projets de loi sont accessibles sur la plateforme officielle jubbanti.sec.gouv.sn. Leur transmission à l’Assemblée nationale, initialement prévue au premier trimestre 2026 selon les annonces de fin d’année du chef de l’État, n’a pas encore été formellement programmée.

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