Sénégal : l'opposition dénonce un « coup d'État institutionnel » avant le vote sur Sonko

Les députés sénégalais sont convoqués ce mardi 26 mai 2026 à 09h00 à l’Assemblée nationale de Dakar pour statuer sur deux points : la réintégration d’Ousmane Sonko comme député et l’élection d’un nouveau président de l’institution. Quatre jours après son limogeage de la Primature par le président Bassirou Diomaye Faye, l’ex-Premier ministre est annoncé comme l’unique favori pour accéder au perchoir. L’opposition a qualifié la manœuvre de « coup d’État institutionnel ».

Une mécanique parlementaire activée en 48 heures

La séquence s’est enclenchée dès le dimanche 24 mai. Le Bureau de l’Assemblée nationale, réuni à 15h00, a validé la demande de réintégration de Sonko comme député. Dans la foulée, le président de l’institution, El Malick Ndiaye, figure du PASTEF et proche de Sonko, a déposé sa démission de la présidence tout en conservant son mandat de député. La Conférence des présidents a fixé dans la même soirée la date du 26 mai pour l’élection de son successeur.

Le suppléant de Sonko, Ismaïla Wone, avait renoncé à son siège en sa faveur, déclarant : « Par un décret on pense vous anéantir, par le suffrage les Sénégalais vous remettent dans le jeu. Votre siège est là, cher Leader Ousmane Sonko, bien au chaud. » La convocation officielle de la plénière a été signée par le premier vice-président Ismaïla Diallo.

Deux lectures juridiques qui s’affrontent

La légalité de la réintégration divise juristes et responsables politiques. Le camp de Sonko s’appuie sur la loi organique portant fonctionnement de l’Assemblée nationale, qui dispose qu’un député quittant ses fonctions ministérielles reprend de plein droit son siège, renvoyant son suppléant sur le banc des remplaçants. Le professeur Moussa Diaw a estimé publiquement que rien n’interdit à Sonko de reprendre son mandat.

En face, l’ancien ministre Doudou Ka a publié dimanche une déclaration contestant cette procédure, la qualifiant d’« impossibilité constitutionnelle absolue ». Son argumentation repose sur l’article 54 de la Constitution, qui pose l’incompatibilité entre fonctions gouvernementales et mandat parlementaire. Sonko étant resté Premier ministre au moment des élections législatives de novembre 2024 sans démissionner de ses fonctions gouvernementales, il n’aurait, selon Doudou Ka, jamais exercé son mandat de député durant les 780 jours de son passage à la Primature. « On ne réintègre pas un ensemble auquel on n’a jamais appartenu », a-t-il écrit. Il a appelé solennellement le Conseil constitutionnel à « exercer son rôle de gardien du droit ». Aucune saisine formelle de l’institution n’avait été confirmée avant la tenue de la plénière.

L’opposition parle de forfaiture

La perspective de voir Sonko accéder au perchoir a provoqué des réactions vives dans les rangs de l’opposition. Plusieurs partis ont dénoncé publiquement un « coup d’État institutionnel », dénonçant une violation des procédures parlementaires et une instrumentalisation de l’Assemblée nationale à des fins politiques. Le politologue Samba Sy avait évoqué dès le 24 mai un « putsch » à l’Assemblée avant la plénière.

Si Sonko est élu président de l’Assemblée nationale, il deviendrait la deuxième personnalité de l’État sénégalais, avec la majorité parlementaire du PASTEF — 130 sièges sur 165 — derrière lui. Il disposerait de la capacité de bloquer tout nouveau gouvernement nommé par Diomaye Faye via une motion de censure, d’une tribune institutionnelle permanente et d’une immunité parlementaire. Le député du PASTEF Abdourahmane Diouf avait averti dès le 8 mai : « Si vous licenciez Ousmane Sonko, nous déposerons des motions de censure contre chaque Premier ministre que vous nommerez. »

Un verrou constitutionnel pour Diomaye Faye

Diomaye Faye se retrouve dans une position institutionnelle contrainte. Il doit nommer un nouveau Premier ministre dont la nomination devra être approuvée par les députés dans un délai de trois mois. Il ne peut pas dissoudre l’Assemblée nationale avant novembre 2026, soit deux ans après le début de la législature. Aucun nom de successeur à la Primature n’avait été annoncé au moment de la publication de cet article.

Le résultat du vote sur la réintégration de Sonko et l’élection du président de l’Assemblée nationale était attendu dans la matinée du 26 mai 2026.

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