Venezuela : Trump aurait protégé Delcy Rodriguez des poursuites américaines, mais à quel prix ?

L’administration Trump aurait discrètement demandé aux procureurs fédéraux de Miami de ne pas ouvrir d’enquêtes pénales contre Delcy Rodriguez, présidente par intérim du Venezuela depuis le 5 janvier 2026. L’information, révélée en exclusivité par l’Associated Press ce mercredi, repose sur les témoignages de plusieurs responsables des forces de l’ordre américaines, en poste ou anciens.

La Drug Enforcement Administration (DEA) aurait constitué un dossier de renseignement sur Rodriguez depuis au moins 2018, faisant état d’allégations allant du trafic de drogue au trafic d’or. Un informateur confidentiel aurait indiqué à la DEA, début 2021, qu’elle utilisait des établissements hôteliers de l’île de Margarita pour blanchir des fonds. Son nom serait apparu dans près d’une douzaine d’enquêtes de l’agence, impliquant des bureaux aussi éloignés que le Paraguay, l’Équateur, Phoenix et New York — dont plusieurs resteraient actives cette année encore.

Une contradiction entre la DEA et le département de la Justice

Le département de la Justice a répondu à l’AP par écrit, affirmant qu’il n’y avait jamais eu d’enquête sur elle à clore. Cette position entre directement en contradiction avec les documents internes de la DEA obtenus par l’agence de presse, qui montrent que Rodriguez figurait régulièrement dans le viseur des forces de l’ordre fédérales, sans jamais avoir été formellement inculpée aux États-Unis.

Rodriguez avait également été liée à Alex Saab, homme d’affaires vénézuélien arrêté en 2020 par les autorités américaines pour blanchiment d’argent et présenté comme un intermédiaire financier du régime Maduro. Rodriguez a elle-même ordonné son expulsion du territoire vénézuélien ce mois-ci, dans le cadre d’une purge visant plusieurs hommes d’affaires accusés de s’être enrichis par des arrangements corrompus avec l’ancien gouvernement.

Un calcul diplomatique assumé

Rick de la Torre, ancien chef de station de la CIA à Caracas et directeur de Tower Strategy, un cabinet de conseil sur le Venezuela, a livré à l’AP sa lecture de la situation : Washington accorderait à Rodriguez une marge de manœuvre pour poser les bases d’une transition politique et ouvrir la voie à des investissements américains dans le pays.

Cette protection présumée a des précédents observables. Rodriguez a reçu le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright au palais de Miraflores dès le 11 février 2026, quelques semaines seulement après sa prise de fonctions.

Selon James Story, ancien ambassadeur américain au Venezuela sous les administrations Trump et Biden, cité par NPR en février, Rodriguez adopterait une stratégie attentiste, faisant le minimum visible pour satisfaire Washington tout en surveillant l’évolution du rapport de force politique aux États-Unis avant les élections de mi-mandat.

L’AP n’a pas précisé si des poursuites étaient envisagées avant l’instruction présumée, ni si des actes d’accusation étaient en préparation dans les bureaux du procureur de Miami.

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