10 000 missiles à moins de 500 000 dollars : le pari du Pentagone pour tenir la guerre

Le département américain de la Défense a engagé une refonte profonde de sa stratégie d’approvisionnement en munitions, en passant commande de dizaines de milliers de missiles à bas coût auprès de fabricants privés. Selon le Wall Street Journal, l’armée américaine a recours à des contrats non conventionnels pour concevoir de nouvelles armes capables de réduire à la fois les délais de fabrication et les coûts unitaires, aujourd’hui jugés insoutenables face au rythme de consommation en opérations réelles.

Des stocks épuisés par les conflits récents

La guerre contre l’Iran a considérablement accéléré la déplétion des arsenaux américains, déjà fragilisés par les transferts massifs vers l’Ukraine. Selon le Pentagone, un groupe aéronaval américain a consommé un volume important de missiles lors d’opérations défensives et de frappes Tomahawk en mer Rouge, soulevant des questions sur la capacité de la Marine à reconstituer ses stocks dans des délais opérationnellement acceptables. Cette pression logistique a conduit le département de la Défense à identifier 14 munitions dites « critiques », dont les missiles antiaériens AMRAAM, les missiles antinavires LRASM et deux variantes du Tomahawk, dont la production doit être accélérée en priorité selon un mémo interne du Munitions Acceleration Council, instance créée en 2025 pour piloter les achats d’armements.

Des programmes concrets et des plafonds de coût imposés

Le Pentagone a signé des accords-cadres avec quatre industriels — AndurilCoAspireLeidos et Zone 5 Technologies — dans le cadre du programme Low-Cost Containerized Missiles (LCCM), conçu pour acquérir plus de 10 000 missiles de croisière en trois ans à compter de 2027. Chaque missile doit être produit à un coût unitaire inférieur à 500 000 dollars. Un programme parallèle de l’armée de terre fixe à moins de 250 000 dollars le plafond pour des missiles de défense antiaérienne. Ces armes, tirées depuis des conteneurs standardisés de type ISO pouvant être déployés sur véhicules ou navires, visent à constituer un arsenal de masse complémentaire aux missiles de haute précision, réservés aux missions exigeant une portée ou une charge utile supérieures. Sur le volet hypersonique, un accord distinct avec la société Castelion porte sur plus de 12 000 missiles, dont le missile Blackbeard.

La demande budgétaire du Pentagone pour l’exercice fiscal 2027 prévoit 70,5 milliards de dollars pour les munitions, soit une hausse de 188 % par rapport à l’exercice précédent. L’évaluation opérationnelle des missiles LCCM débute en juin 2026, avec une phase de test auprès des quatre fournisseurs avant toute décision d’achat en série.

Laisser un commentaire