Huit dépôts de marque déposés en Afrique du Sud trahissent les ambitions du concurrent chinois de Starlink. SpaceSail, l’opérateur satellitaire soutenu par Pékin, a enregistré ces titres couvrant les télécommunications et les services technologiques, signe d’une entrée imminente sur un marché où le géant d’Elon Musk reste bloqué depuis plus de trois ans.
L’enregistrement, repéré par plusieurs médias spécialisés, ne constitue pas encore une licence d’exploitation. Mais il marque la première étape concrète d’un projet piloté par la Shanghai Spacecom Satellite Technology (SSST), entreprise financée à la fois par les autorités municipales de Shanghai et par l’Académie chinoise des sciences. Officiellement baptisée Qianfan, ou « Constellation des Mille Voiles », la flotte chinoise comptait environ 200 satellites en orbite basse à la mi-2026, contre plus de 10 000 pour son rival américain.
Un boulevard ouvert par le blocage de Starlink
Le terrain reste largement dégagé pour SpaceSail. Aucun calendrier de lancement n’a été fixé pour Starlink en Afrique du Sud, où le dossier est gelé depuis fin 2022 faute d’accord avec le régulateur national, l’Independent Communications Authority of South Africa (ICASA). En cause : une disposition légale qui réserve 30% du capital des opérateurs télécoms à des groupes historiquement défavorisés, une condition que Starlink peine à remplir puisque sa stratégie commerciale consiste à vendre ses abonnements en direct, sans passer par des fournisseurs d’accès locaux comme intermédiaires.
Le dossier a aussi pris une tournure diplomatique. Le ministre des Communications Solly Malatsi avait évoqué des « équivalents d’équité » pour faciliter l’entrée de Starlink, et une rencontre entre le président Cyril Ramaphosa et Musk s’était tenue en marge d’un événement de l’ONU à New York. Les discussions ont depuis été suspendues : le porte-parole de la présidence sud-africaine, Vincent Magwenya, a annoncé l’arrêt des pourparlers après que Musk a qualifié les politiques sud-africaines de promotion économique noire de « openly racist« .
L’appui des liens sino-sud-africains
L’arrivée de SpaceSail s’appuierait sur un terreau plus favorable que celui de Starlink. L’Afrique du Sud, seul pays africain membre des BRICS, entretient des relations économiques étroites avec Pékin, déjà illustrées par l’implantation réussie d’autres groupes chinois soutenus par l’État, comme Huawei et ZTE, qui ont su s’adapter aux exigences locales de propriété.
Hors d’Afrique, SpaceSail a déjà obtenu une autorisation d’opérer au Brésil, où le régulateur Anatel a validé en 2026 un accord signé en novembre 2024 avec l’opérateur public Telebras. Des arrangements commerciaux ont également été annoncés en Malaisie, en Thaïlande et au Kazakhstan. Mais les analystes du secteur restent prudents : sur la plupart de ses marchés cibles, les engagements de SpaceSail relèvent encore de mémorandums d’entente, sans grille tarifaire ni contrat ferme.
L’écart entre les annonces et les déploiements réels nourrit d’ailleurs des doutes sur le calendrier chinois. Alors que China Central Television avait fixé un objectif de 648 satellites en orbite fin 2025, des décomptes indépendants évoquent un chiffre proche de 126 à cette échéance, loin de la trajectoire revendiquée par Pékin pour atteindre 15 000 satellites d’ici 2030.
Aucune date n’a été communiquée pour un dépôt de demande de licence d’exploitation auprès de l’ICASA. Le sort de Starlink en Afrique du Sud, toujours suspendu aux négociations sur les quotas de propriété noire, conditionnera en partie le calendrier d’entrée de son concurrent chinois sur le marché sud-africain.



