Trois Parlements unis derrière Ouagadougou face à Strasbourg. Réunis les 29 et 30 juin 2026 dans la capitale burkinabè, les présidents des Parlements de la Confédération des États du Sahel (AES) ont adopté une motion condamnant fermement la résolution votée le 18 juin par le Parlement européen sur les droits humains au Burkina Faso, selon le communiqué final de la rencontre.
Une motion adoptée en marge d’une réunion institutionnelle
L’initiative n’était pas, à l’origine, le motif premier du rassemblement. Ousmane Bougouma, président de l’Assemblée législative du peuple du Burkina Faso, avait convié ses homologues à Ouagadougou pour faire avancer le protocole additionnel relatif aux sessions confédérales des Parlements de l’AES, signé en décembre 2025 à Bamako. Malick Diaw, président du Conseil national de Transition du Mali, et Mamoudou Harouna Djingarey, président du Conseil consultatif de la refondation du Niger, ont rejoint Ouagadougou pour ces travaux.
C’est en marge de cette session que les trois chefs de Parlements ont adopté leur motion de soutien. Le texte estime que toute appréciation de la situation burkinabè doit tenir compte des « sacrifices consentis quotidiennement » par les forces de défense et les volontaires engagés contre le terrorisme. Il rend également hommage à l’ensemble des victimes de l’insécurité dans le pays.
Ce que reproche le Parlement européen à Ouagadougou
La résolution contestée, intitulée « Persistance de la répression de l’espace civique et des libertés fondamentales au Burkina Faso », a été adoptée à Strasbourg par 476 voix contre 11, avec 75 abstentions. Le texte appelle à l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur des allégations de détention arbitraire, dénonce la dissolution d’organisations de la société civile et des pressions sur les médias et l’opposition, et s’inquiète de l’influence croissante de la Russie dans le pays.
Les débats avaient été marqués par l’intervention de l’eurodéputé français Christophe Gomart, vice-président de la commission sécurité et défense du Parlement européen, qui avait jugé « dramatique » la gestion sécuritaire des autorités de transition depuis 2022, affirmant que plus de la moitié du territoire échapperait au contrôle de l’État. Le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, avait dès le 22 juin convoqué l’ambassadeur de l’Union européenne à Ouagadougou, Philippe Bronchain, pour lui signifier le rejet de ces propos. Trois jours plus tard, une note verbale du ministère réclamait le retrait pur et simple de la résolution, jugée fondée sur des informations erronées.
Une diplomatie parlementaire qui s’institutionnalise
La motion des présidents de Parlements reflète un calendrier plus large : celui de la mise en place du futur Parlement confédéral de l’AES, dont la session inaugurale est désormais attendue dans les prochaines semaines. Reçus en audience le 29 juin par le président de la Confédération, le capitaine Ibrahim Traoré, les trois chefs de Parlements ont obtenu son feu vert pour accélérer la désignation des futurs députés confédéraux, selon les déclarations de Ousmane Bougouma à l’issue de l’entretien.
Cette architecture institutionnelle, validée par les chefs d’État de l’AES en décembre 2025, doit doter la Confédération d’un organe parlementaire propre, chargé du contrôle des politiques communes. La désignation des représentants nationaux et la convocation de la première session confédérale devraient intervenir dans les prochaines semaines, selon le calendrier opérationnel adopté à l’issue de la rencontre de Ouagadougou.
