En publiant sa colère contre Nétanyahou, Trump envoie un message à Téhéran

Donald Trump et Benyamin Nétanyahou ont longtemps incarné l’une des ententes les plus affichées de la diplomatie occidentale : reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël en 2017, Accords d’Abraham en 2020, et dès le retour de Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, Nétanyahou reçu en premier chef de gouvernement étranger. Cette proximité vient de révéler ses limites.

Le président américain Donald Trump a confirmé publiquement, mercredi 3 juin 2026, avoir vertement recadré le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou lors d’un appel téléphonique deux jours plus tôt. Interrogé par le New York Post, Trump a reconnu avoir utilisé des termes orduriers, précisant avoir été « un peu agacé par ses combats constants avec le Liban ». L’appel avait été révélé lundi par le média américain Axios, qui cite deux responsables américains et une troisième source informée de la conversation.

Selon Axios, Trump aurait déclaré à Nétanyahou qu’il serait en prison sans son soutien et que tout le monde le détestait désormais. Il lui aurait également ordonné de renoncer à des frappes planifiées sur Beyrouth. Nétanyahou a pour sa part publié un communiqué affirmant que les opérations de l’armée israélienne se poursuivraient « comme prévu » au sud du Liban.

L’Iran, pivot de la discorde

Le déclencheur immédiat est l’escalade militaire israélienne au Liban contre le Hezbollah, que Trump juge incompatible avec les négociations nucléaires en cours avec Téhéran. Le même lundi, l’Iran avait menacé d’abandonner les pourparlers avec Washington en raison des actions israéliennes. Un sixième round de négociations entre l’envoyé spécial américain Steve Witkoff et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi était alors attendu à Oman.

En confirmant lui-même le contenu de l’appel, Trump adresse à Téhéran un signal qui dépasse le simple incident diplomatique : il se présente comme un interlocuteur capable d’imposer des limites à son allié israélien, dissociant ainsi sa posture de négociateur de celle de Tel-Aviv.

Nétanyahou face à ses propres contraintes

La marge de manœuvre du Premier ministre israélien est étroite. Les ministres d’extrême droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, qui contrôlent vingt sièges dans sa coalition de soixante-sept, ont publiquement exigé une intensification des opérations au Liban, y compris des frappes sur Beyrouth. Des élections législatives sont prévues en Israël le 27 octobre 2026, et les sondages actuels donnent la coalition sortante en deçà des soixante et un sièges nécessaires à une majorité.

Israël et le Liban ont repris des négociations au département d’État américain le 4 juin en vue d’un nouveau cessez-le-feu, après l’effondrement du précédent. Le Hezbollah a rejeté l’accord provisoire annoncé à l’issue de ces discussions, invoquant le refus de tout retrait sous la contrainte militaire.

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