Au 100e jour du conflit qui oppose Israël à l’Iran depuis les frappes conjointes américano-israéliennes du 28 février, les deux pays ont échangé des tirs dans la nuit de dimanche à lundi, menaçant de replonger le Moyen-Orient dans une guerre régionale ouverte. C’est la violation la plus grave de la trêve d’avril depuis son entrée en vigueur.
Beyrouth, étincelle du brasier
Tout est parti du Liban. Dimanche, des avions israéliens ont frappé la banlieue sud de Beyrouth sans avertissement préalable, en dépit d’une demande explicite de Washington de cesser les opérations dans le secteur. La frappe a touché un immeuble résidentiel, tuant deux personnes et blessant vingt autres.
En réponse, l’Iran a lancé des missiles en direction d’Israël — première frappe depuis l’entrée en vigueur du fragile cessez-le-feu début avril, venant compliquer les efforts de médiation en cours pour un accord de paix. Les autorités israéliennes ont signalé deux vagues successives de missiles, appelant la population à rejoindre les abris. Des explosions ont été entendues dans le centre du pays.
Israël contre-attaque, une usine pétrochimique visée
Tel-Aviv n’a pas tardé à riposter. L’armée de l’air israélienne a frappé plusieurs cibles au sein d’une installation pétrochimique dans le sud-ouest de l’Iran, à Mahshahr, dans la province du Khouzistan. Le vice-gouverneur de la province a confirmé des dégâts sur le site, précisant que le bilan humain serait communiqué ultérieurement. Des évacuations sont en cours autour du complexe touché, selon les médias d’État iraniens.
L’armée israélienne a précisé que des missiles iraniens lancés en direction de Jérusalem n’avaient pas atteint le territoire israélien, tandis que les autres projectiles tirés vers Israël avaient tous été interceptés. Des dégâts ont été constatés sur plusieurs bâtiments d’une colonie en Cisjordanie à la suite d’une interception. Les secours israéliens n’ont signalé aucune victime. Les Houthis yéménites ont également tiré un missile en direction d’Israël, sans faire de victimes ni de dégâts selon les services de secours israéliens.
La fracture Trump–Nétanyahou
Ces échanges de frappes surviennent dans un cadre de tension diplomatique croissante entre Washington et Tel-Aviv. Donald Trump avait affirmé dimanche que Benyamin Nétanyahou n’aurait « pas le choix » que d’accepter un accord américano-iranien, martelant : « C’est moi qui décide. »
Trump a depuis confirmé avoir traité Nétanyahou de « fou » lors d’un appel téléphonique récent, au cours duquel il lui avait ordonné de stopper des frappes planifiées sur Beyrouth. « Je ne dirais pas que j’étais en colère. J’étais un peu irrité par ses combats constants avec le Liban. À un moment donné, je lui ai dit : ‘Bibi, il faut qu’on arrête ça’ », a déclaré le président américain. Des analystes estiment que Trump a désormais imposé à Israël trois cessez-le-feu que Nétanyahou n’a pas souhaités — à Gaza, face à l’Iran, et au Liban.
Un accord américano-iranien suspendu à un fil
Trump a affirmé lundi être « très proche » d’un accord avec Téhéran, tout en exigeant des conditions nucléaires plus strictes. Il a parallèlement annoncé la prolongation indéfinie du cessez-le-feu et le maintien du blocus américain jusqu’à la conclusion des négociations « dans un sens ou dans l’autre ».
Des experts estiment que Téhéran cherche à exploiter ces échanges de frappes pour creuser le fossé entre Israël et les États-Unis, au moment précis où les deux alliés semblent plus divisés que jamais sur la conduite du conflit.
