Poutine qualifie de « grossière » la lettre de Zelensky réclamant un face-à-face

Lors de la séance plénière du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) vendredi 5 juin, Vladimir Poutine a qualifié de « grossière » la lettre ouverte adressée la veille par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui proposait une rencontre directe entre les deux chefs d’État pour mettre fin à la guerre. Une qualification qui ferme, pour l’heure, la porte à tout dialogue bilatéral.

Une lettre jugée inapte à ouvrir un dialogue

Le jeudi 4 juin, Zelensky avait adressé à Poutine une lettre ouverte inédite — première du genre depuis le début de la guerre à grande échelle en février 2022. Le président ukrainien y proposait un cessez-le-feu total pour toute la durée des négociations et réclamait une rencontre directe entre les deux chefs d’État, affirmant que seul un dialogue en face-à-face permettrait de trancher les questions territoriales. « L’Ukraine propose de mettre fin à cette guerre par un dialogue direct entre nous — et vous. Je propose une rencontre », écrivait-il. Zelensky y affirmait également que Kiev ne souhaitait pas « une guerre permanente » et que le choix appartenait désormais à Moscou. La démarche visait à placer Moscou devant ses responsabilités diplomatiques.

Poutine a répondu le lendemain que cette lettre contenait des « éléments de grossièreté » incompatibles avec la tenue de discussions sérieuses, posant la question à voix haute : celle-ci crée-t-elle les conditions d’une rencontre, ou la rend-elle précisément impossible ? Il a affirmé que Moscou n’avait « jamais refusé » de rencontrer Zelensky, tout en jugeant inutile de se retrouver sans agenda concret. La Russie ne voit pas l’intérêt d’un sommet tant que des solutions aux questions de fond n’ont pas été dégagées en amont, a-t-il précisé. Sa réponse formelle aux Ukrainiens s’est conclue par une adresse aux soldats russes en première ligne : « Continuez à travailler, frères ! »

Légitimité, âge et garanties : Poutine élargit le front

Le président russe a débordé la seule question du face-à-face. Il a soulevé la légitimité démocratique de Zelensky, dont le mandat a expiré en mai 2024 sans élection organisée en raison de la loi martiale, avertissant que gouverner hors du cadre constitutionnel relevait de « l’usurpation du pouvoir ». Poutine a également relevé que la lettre faisait mention de son âge — 72 ans — pour y répondre que ce qui compte pour un dirigeant, c’est « la capacité à gouverner, pas l’âge ».

Sur la question des garants d’un éventuel accord, il a pointé une contradiction dans la position ukrainienne : Zelensky réclame des armements américains tout en refusant de reconnaître l’administration Trump comme garant des négociations, ce qui, selon Poutine, « soulève des questions ». Moscou et Kiev devraient régler les dossiers fondamentaux bilatéralement, d’autres pays pouvant ensuite « servir de garants ».

La prochaine session plénière du SPIEF se poursuit ce week-end à Saint-Pétersbourg. Aucune rencontre directe entre les deux présidents n’est à ce stade programmée ni annoncée par l’une ou l’autre des parties.

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