Ukraine : Trump absorbé par l'Iran, l'Europe s'invite face à Moscou

Alors que Washington concentre ses efforts diplomatiques sur le dossier iranien, les Européens multiplient les initiatives pour peser sur les négociations de paix en Ukraine. Tenus à l’écart par Washington des pourparlers directs avec Moscou, Paris, Berlin et Londres ont engagé cette semaine un double mouvement : une déclaration politique commune et un contact direct avec la Russie.

L’Europe revendique sa place à la table

La démarche politique intervient en premier. Le 8 juin, les dirigeants français, britannique et allemand publient une déclaration conjointe soutenant la proposition du président ukrainien Volodymyr Zelensky d’un dialogue direct avec la Russie. Le texte réclame explicitement « une participation active des États-Unis et de l’Europe » aux négociations — non une substitution à Washington, mais une co-participation assumée. Les trois gouvernements posent quatre conditions préalables : un cessez-le-feu immédiat, la ligne de contact actuelle comme base de départ, des garanties de sécurité juridiquement contraignantes pour Kiev, et le maintien du gel des avoirs russes jusqu’à indemnisation complète des dommages de guerre.

Ce regain d’activité s’explique par une marginalisation subie depuis le début de l’année. Tenus à l’écart par la Maison-Blanche des pourparlers directs avec la Russie, selon Euronews, les Européens cherchent à reprendre pied. La guerre déclenchée le 28 février entre Israël et l’Iran a accéléré ce repositionnement : mobilisée par le front iranien, l’administration Trump a progressivement relâché son attention sur le dossier ukrainien. Un diplomate européen cité par Politico résume : « Avant la guerre contre l’Iran, les Américains montraient déjà moins d’intérêt et perdaient patience avec l’Ukraine. »

Les ambassadeurs à Moscou, reçus avec scepticisme

Le volet diplomatique suit de près. Le 11 juin, les ambassadeurs britannique, français et allemand se rendent au ministère russe des Affaires étrangères à Moscou. C’est à leur propre initiative que la réunion a lieu : selon Sergueï Lavrov, qui avait annoncé la rencontre la veille à Kazan en marge d’une réunion ministérielle de l’Organisation du traité de sécurité collective, les trois diplomates ont eux-mêmes sollicité l’audience. Ils sont reçus par le vice-ministre Mikhaïl Galouzine, non par Lavrov en personne.

Durant la réunion, les ambassadeurs exposent la position commune des trois capitales : cessez-le-feu immédiat, négociations fondées sur la ligne de contact actuelle, garanties de sécurité pour l’Ukraine. L’ambassadeur de France Nicolas de Rivière qualifie l’échange de « bonne discussion ». Côté russe, le ton est nettement plus froid : Lavrov avait déclaré ne pas attendre de « miracles » de ces contacts, et une source au sein du ministère des Affaires étrangères russe a qualifié les discussions sur d’éventuels médiateurs européens de « vaines tentatives ».

Une fenêtre qui pourrait se refermer

La marge de manœuvre européenne reste étroitement liée au calendrier iranien. Trump a annoncé le 11 juin la conclusion d’un accord avec Téhéran, dont la signature est attendue ce week-end en Europe en présence du vice-président JD Vance. Un retour de l’attention américaine sur le dossier ukrainien réduirait mécaniquement l’espace gagné par les Européens ces dernières semaines. Le G7, réuni prochainement en France, devrait offrir une première indication sur la coordination entre alliés occidentaux autour de la question ukrainienne.

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