La Chine a proposé au Maroc la signature d’un accord de libre-échange, une offre confirmée en juin 2026 par le ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, dans des déclarations rapportées par Bloomberg. Rabat évalue les implications du projet avant d’envisager toute négociation formelle.
La prudence du gouvernement marocain s’explique par un déséquilibre commercial qui ne cesse de se creuser. Le déficit bilatéral avec la Chine a atteint 86,3 milliards de dirhams en 2024, contre 72,5 milliards l’année précédente, selon l’Office des Changes. Les importations en provenance de Chine ont progressé de 14,2 milliards de dirhams sur la période, tandis que les exportations marocaines vers l’Empire du Milieu n’ont augmenté que de 448 millions de dirhams. La Chine représente à elle seule près des trois quarts du déficit commercial marocain avec l’Asie, d’après la Direction générale du Trésor français dans son profil du commerce extérieur du Maroc publié en 2025.
Les leçons non tirées des accords passés
L’accord de libre-échange conclu avec la Turquie en 2006 a généré un déficit structurel de 27,6 milliards de dirhams en 2024, avec un taux de couverture des exportations marocaines limité à 30 %. Une enquête antidumping menée entre août 2023 et novembre 2024 a établi que les importations massives de fours électriques turcs avaient érodé les parts de marché des industriels locaux. Des mécanismes de sauvegarde ont depuis été engagés. Le même schéma s’est reproduit avec l’Égypte, poussant Rabat à réclamer un dispositif d’accès accéléré — dit « Fast Track » — pour ses propres exportations vers Le Caire.
Des prérequis absents
Mezzour a conditionné toute avancée à des consultations préalables avec les entreprises concernées et les acteurs publics, ainsi qu’à une évaluation de l’impact sur les accords de libre-échange déjà en vigueur. Le Maroc compte 56 accords commerciaux actifs, dont certains sont en cours de renégociation. Les exportations marocaines vers la Chine restent concentrées sur les matières premières — phosphates et minerais — à faible valeur ajoutée, un profil peu susceptible de s’améliorer sans montée en gamme industrielle préalable.
Aucun calendrier de négociation n’a été annoncé. Le ministre a indiqué qu’un accord de libre-échange avec le Chili était également à l’étude, ce qui suggère que le dossier chinois ne constitue pas une priorité immédiate pour Rabat.



