Un milliard d’euros par point de pourcentage de PIB en jeu, trente-deux nations réunies, et un constat commun : la guerre a changé de visage. Réuni à Ankara les 7 et 8 juillet 2026 pour son 36e sommet, l’OTAN a annoncé un investissement de plus de 40 milliards de dollars sur cinq ans dans ses capacités anti-drones, sous l’impulsion de son secrétaire général Mark Rutte.
Depuis le début de la guerre en février 2022, l’Ukraine comme la Russie ont fait des drones leur arme centrale. Kiev a mené l’opération « Toile d’araignée » le 1er juin 2025, détruisant cinq aérodromes militaires russes avec 117 appareils, tandis que Moscou sature régulièrement le ciel ukrainien avec des centaines de drones Shahed pour épuiser les défenses antiaériennes. Sur le front, les drones de surveillance des deux camps ont créé une zone de mort large de 20 kilomètres, forçant même l’artillerie russe à se disperser plutôt qu’à opérer en batteries. C’est ce basculement, désormais observé au-delà des lignes ukrainiennes, que l’Alliance atlantique entend désormais anticiper chez elle.
Une menace qui déborde du théâtre ukrainien
Devant les délégations réunies, Mark Rutte a justifié l’ampleur de l’engagement financier en évoquant des incidents survenus sur le sol même des pays membres. « Le caractère de la guerre moderne a changé et ils sont devenus un facteur décisif sur le champ de bataille. Cela ressort clairement de ce que nous voyons en Ukraine, au Moyen-Orient et à travers l’Alliance ; les Alliés eux-mêmes ont été confrontés à des incursions répétées de drones », a-t-il déclaré. Ces survols non identifiés, signalés ces derniers mois dans des pays comme la Pologne et la Roumanie, selon des responsables de ces deux gouvernements, ont accéléré la prise de conscience au sein de l’organisation qu’une posture strictement défensive ne suffisait plus.
Baptisée « OTAN Drone Edge », l’initiative doit permettre, selon les mots du secrétaire général, de « développer rapidement sa capacité à déployer et à faire opérer des drones à grande échelle, tout en renforçant simultanément des défenses anti-drones robustes pour détecter, identifier et neutraliser les drones », afin de « protéger un milliard de personnes contre l’ensemble des menaces liées aux drones ». Les Alliés se sont également engagés à « former cinq fois plus » d’opérateurs dans leurs forces armées d’ici la fin 2027, un effectif jugé aujourd’hui insuffisant face à la demande. L’OTAN prévoit par ailleurs de « lancer un marché anti-drones » destiné à faciliter l’acquisition groupée de ces équipements par les pays membres, une méthode déjà utilisée par l’Alliance pour d’autres achats groupés d’armement dans les années 2010.
Un chantier calibré sur l’expérience ukrainienne
Le montant de 40 milliards de dollars fait suite à un mouvement financier plus large : les Alliés européens et le Canada ont augmenté leurs dépenses de défense de près de 20 % en 2025 par rapport à l’année précédente, portant à environ 258 milliards de dollars le total des investissements supplémentaires cumulés sur 2025 et 2026, selon des chiffres avancés par Mark Rutte. Une partie de cette manne doit désormais financer la production de drones intercepteurs bon marché, sur le modèle de ceux développés par Kiev, qui vise elle-même une cadence de 40 000 unités par mois pour contrer les appareils russes.
Plusieurs industriels européens, présents au Forum des industries de défense organisé en marge du sommet, ont noué des partenariats directs avec des unités ukrainiennes pour adapter leurs technologies aux besoins constatés sur le terrain. L’Alliance espère ainsi combler un retard technologique qu’elle juge désormais critique face à la banalisation de cette arme.
La déclaration finale du sommet, dont le texte a déjà été négocié entre les 32 membres, doit être formellement adoptée par les chefs d’État et de gouvernement le 8 juillet, aux côtés d’un nouvel engagement d’aide militaire à l’Ukraine évalué à 70 milliards d’euros supplémentaires pour 2026 et 2027.
