Des chiffres bruts publiés sans détour sur les réseaux sociaux, relancent la fracture budgétaire au sein de l’Alliance atlantique. Le 2 juillet, Donald Trump a publié sur Truth Social les contributions financières de plusieurs membres de l’OTAN entre 2014 et 2025, opposant les 999 milliards de dollars dépensés par les États-Unis aux 90,5 milliards du Royaume-Uni, 66,5 milliards de la France, 48,8 milliards de l’Italie et 44,3 milliards de la Pologne. Le président américain a qualifié la situation de « Ridicule », visant en particulier l’Allemagne, dont les efforts financiers resteraient très inférieurs à ceux de Washington.
Une salve qui prolonge les tensions nées de la guerre en Iran
Depuis les frappes américaines contre l’Iran fin juin, le locataire de la Maison-Blanche accuse plusieurs Alliés de ne pas avoir soutenu l’opération militaire, allant jusqu’à évoquer un possible refus d’assistance future à leur égard. La veille de son message sur Truth Social, lors d’un meeting, il s’en est pris directement à l’Espagne, seul pays à ne pas s’être engagé sur l’objectif des 5 % du PIB fixé lors du sommet de La Haye en juin 2025 : « Ils disent qu’ils ne veulent pas aider », a-t-il lancé, ajoutant que Madrid « apprendra ». Le gouvernement de Pedro Sánchez défend de son côté un objectif de 2,1 % du PIB, jugé suffisant pour remplir ses engagements capacitaires envers l’Alliance selon Madrid.
L’irritation du président renvoie à un mécanisme déjà connu : consacré à 3,5 % pour les dépenses militaires stricto sensu et 1,5 % pour la sécurité élargie (cybersécurité, infrastructures, mobilité militaire), l’objectif des 5 % négocié à La Haye doit être atteint d’ici 2035. Un délai que Donald Trump, peu enclin à la patience, semble vouloir raccourcir en multipliant les sorties publiques et les comparaisons chiffrées destinées à mettre chaque capitale face à ses responsabilités.
Des chiffres qui masquent des écarts de méthode
Les montants avancés par le président américain mêlent plusieurs années de dépenses cumulées, sans préciser la méthodologie retenue ni les catégories budgétaires incluses. L’OTAN elle-même publie chaque année des données, excluant notamment les dépenses non militaires des gendarmeries ou des garde-côtes, une nuance que la publication présidentielle ne mentionne pas. Sur la seule année 2024, le budget de défense américain s’élevait à environ 968 milliards de dollars, contre 476 milliards au total pour l’ensemble des pays européens de l’Alliance, soit un rapport de un à deux plutôt que l’écart brut suggéré par la liste diffusée sur Truth Social.
Ces chiffres interviennent à un moment charnière : les 32 pays membres doivent démontrer, preuves à l’appui, que leur trajectoire budgétaire respecte les engagements pris un an plus tôt. Plusieurs diplomates de l’Alliance ont indiqué que l’annonce de contrats industriels majeurs, avec des entreprises américaines et européennes, avait été volontairement repoussée pour produire un effet plus marquant lors du prochain rendez-vous.
La prochaine échéance à Ankara
Le sommet de l’OTAN se tiendra à Ankara les 7 et 8 juillet, avec un dîner officiel le premier soir suivi d’une unique séance formelle le lendemain. Le secrétaire général Mark Rutte, qui a préparé son argumentaire lors d’une rencontre au Bureau ovale la semaine précédente, devra convaincre le président américain que les chiffres globaux de dépenses se traduisent concrètement par des capacités militaires renforcées. L’issue de cette rencontre déterminera si les critiques budgétaires de Donald Trump se traduisent par de nouvelles mesures de rétorsion, notamment à l’égard de l’Espagne, ou si l’Alliance parvient à afficher un front commun malgré les divergences.
