Bénin : Le permis de conduire révolutionné pour sauver des vies

Une véritable petite révolution se prépare dans le secteur des transports terrestres au Bénin. Face au fléau de l’insécurité routière, le gouvernement a décidé de prendre le problème à la racine en réformant en profondeur le processus d’apprentissage et d’évaluation des futurs conducteurs. Porté par l’arrêté ministériel N°100/MCVT/DC/SGM/DITA/ANATT/SA/SGG26 signé par le ministre du Cadre de Vie et des Transports, José Tonato, le 20 mai 2026, ce nouveau cadre réglementaire bouscule les habitudes historiques pour imposer une rigueur inédite.

Lors d’une séance d’information et de vulgarisation organisée dans les locaux de l’Agence Nationale des Transports Terrestres (ANaTT), les détails de cette réforme majeure ont été dévoilés.

Une formation rigoureuse allongée et structurée

Finie l’époque des apprentissages express et des dossiers bouclés à la va-vite. La nouvelle réglementation introduit une séparation officielle et stricte entre la phase théorique (le code) et la phase pratique (la conduite). Le parcours du candidat est désormais jalonné d’étapes incontournables.

Pour prétendre se présenter à l’examen théorique, tout apprenant devra obligatoirement justifier d’au moins 60 heures de cours théoriques et de 30 heures de cours pratiques. Le succès à l’examen théorique ne donne plus directement accès à l’épreuve de conduite, contrairement à la pratique connue jusque-là, mais délivre une « attestation de succès au code de permis de conduire », un titre provisoire.

Muni de cette attestation, le candidat devra obligatoirement suivre une formation pratique d’une durée minimale de six (06) mois ou totaliser au moins 120 heures de conduite effective avant de pouvoir passer l’épreuve finale. Ces 120 heures d’apprentissage devront être dûment prouvées par la présentation d’un livret d’apprentissage et d’une fiche de suivi délivrés par l’auto-école. Il ne s’agit donc plus de quelques séances de cours de conduite ou juste de l’apprentissage du circuit d’examen comme on l’a observé par le passé.

Modernisation, nouvelles catégories et dispense d’âge

La réforme s’adapte également aux réalités technologiques et sociales du pays. Elle introduit deux nouvelles catégories de permis : la catégorie B1, réservée aux tricycles et quadricycles à moteur et la catégorie BE(A) / BEA dédiée spécifiquement aux véhicules à boîte de vitesses automatique.

Par ailleurs, l’épreuve théorique se modernise grâce à une dématérialisation complète. Les candidats composeront, comme cela est expérimenté depuis quelques années,  sur support numérique (via smartphone) avec une publication instantanée des résultats, limitant ainsi les risques d’interventions humaines frauduleuses.

Autre innovation d’envergure, une dispense d’âge à 17 ans révolus pourra être accordée par le directeur général de l’ANaTT pour l’obtention des permis de catégories A2, A3, B et BEA, à condition d’avoir une autorisation parentale ou de tuteurs légaux. Cela signifie clairement que tout conducteur de motos ou de tricycle doit être obligatoirement détenteur d’au moins un permis de conduire.

Cette réforme sonne également la fin du permis de conduire à vie au Bénin. Pour garantir l’aptitude physique et technique des usagers, la nouvelle réglementation fixe une durée de validité maximale de 15 ans pour les catégories voitures et motos (A et B), période qui peut être ramenée à 10 ans selon les cas. Plus contraignant encore, le renouvellement des permis pour les professionnels des catégories lourdes et de transport (C, CE, D1, D) est soumis à une visite médicale stricte auprès d’un médecin agréé, devant être effectuée tous les 5 ans pour les moins de 45 ans, tous les 3 ans jusqu’à 55 ans, et chaque année pour ceux qui ont plus de 55 ans d’âge.

Un examen plus exigeant

Décrocher le précieux sésame exigera désormais un niveau de maîtrise quasi parfait. Deux verrous de sécurité ont été mis en place : le rehaussement du seuil d’admissibilité et l’épreuve en circulation réelle.

La note minimale pour réussir l’examen, tant pour le code que pour la conduite, est désormais fixée à 14/20. Ceci vient modifier légèrement la pratique actuelle qui veut que le candidat totalise au moins 14/20 en code et 12/20 en conduite. Désormais, il faut au moins 14/20 des deux côtés pour prétendre au permis de conduire au Bénin. En plus du traditionnel circuit fermé, l’examen pratique comprendra obligatoirement une phase d’évaluation en circulation réelle (en milieu urbain, sur les routes nationales et inter-états). Une mesure indispensable pour juger de la capacité réelle d’un candidat à se mouvoir en toute sécurité dans le trafic béninois. Une innovation qui met le candidat en situation réelle de conduite contrairement au simple exercice qui se faisait sur un terrain de sport du quartier.

Pour certainspromoteurs d’une auto-école à Cotonou, cette réforme valorise enfin le métier : M. Célestin se réjouit : « C’est une excellente décision. Pendant longtemps, le secteur a souffert d’une concurrence déloyale de la part d’établissements clandestins qui bradaient les formations en deux semaines. L’obligation du livret de suivi et des 120 heures remet la qualité au centre du jeu. »

Du côté des instructeurs, l’accent mis sur le trafic routier est particulièrement salué. Marc, moniteur de conduite depuis dix ans, témoigne : « Évaluer un candidat uniquement sur un circuit fermé avec des plots ne garantissait en rien sa capacité à gérer le stress du trafic des villes béninoises ou à doubler un camion sur une route nationale inter-Etat. Les amener en circulation réelle à l’examen va radicalement changer la donne. Ils seront obligés d’apprendre à anticiper le comportement des motocyclistes et des piétons. C’est indispensable pour la sécurité routière. »

Une hausse des coûts de formation ?

Sur toutes les lèvres, une question brûle : combien va coûter ce nouveau permis ? Il convient de préciser d’emblée que nulle part dans l’arrêté signé par le ministre José Tonato il n’est fait mention d’une tarification ou d’un coût fixe pour la formation. L’État ne réglemente pas directement les prix des prestations des auto-écoles, comme c’est le cas aussi d’ailleurs dans toutes les écoles de formation privées du pays.

Toutefois, la réforme suscite des interrogations sur ses conséquences économiques pour les auto-écoles. Pour assurer les 60 heures de théorie et les 30 heures de pratique préalables, suivies des 6 mois de suivi ou des 120 heures de conduite obligatoires, les auto-écoles devront mobiliser leurs moniteurs et leurs flottes de véhicules plus longuement. Face à cette situation qui occasionne un surplus de charges de fonctionnement (carburant, usure des véhicules, salaires), certains observateurs craignent que les auto-écoles ne soient amenées à revoir leurs tarifs à la hausse. Cette information a d’ailleurs été démentie par l’agence nationale des transports terrestres.

« Déjà qu’il était difficile pour un jeune d’économiser 80 000 ou 100 000 FCFA pour s’inscrire, si le prix grimpe, le permis va devenir un luxe réservé aux enfants de riches. Pourtant, pour nous, c’est un outil de travail indispensable pour trouver un emploi ou faire des livraisons. », s’inquiète Annicet Gogan, étudiant à l’université d’Abomey-Calavi. Même inquiétude chez Jacob, père de famille résidant à Cotonou, qui appelle les autorités à fixer un plafond pour les coûts de formation. « Sur le principe, l’idée de renforcer la sécurité routière est noble, car il y a trop de morts sur nos routes. Mais sur le plan financier, ce sera dur pour le panier de la ménagère. Six mois de formation obligatoires signifient des frais de déplacement répétés et des frais de scolarité d’auto-école complémentaires. L’État doit plafonner les tarifs des auto-écoles pour éviter les dérives. »

Un impact positif pour la sécurité routière

Malgré les inquiétudes, promoteurs d’auto-écoles et spécialistes de la sécurité s’accordent sur un point : cette réforme est salutaire. En éliminant le laxisme et les circuits de délivrance douteux, le Bénin fait le choix de former des conducteurs hautement qualifiés et expérimentés avant de les lâcher sur les routes. Face au lourd tribut humain payé chaque année sur les axes routiers béninois, le prix de la rigueur est peut-être celui qu’il faut payer pour garantir la vie sauve aux citoyens.

1 réflexion au sujet de “Bénin : Le permis de conduire révolutionné pour sauver des vies”

  1. C’est bien d’avoir cibler les personnes, en terme de sécurité routière au Bénin, pour principalement aussi se faire plus d’argent, car soyons francs, il y a l’argent dedans.

    Mais, voyez-vous, il y a aussi le manque de route, et la qualité des infrastructures, des panneaux de signalisation, des balises, des traversées zèbres etc qui n’a pas été le soucis des concepteurs de ce nouveau code.

    Ka charue sans les 🐂 🐂 🐂 🐂, ou bien la charge avant les bœufs, comme d’habitude au Bénin.

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