Coupe du monde : ce que révèlent les postures opposées de l'UEFA et la CAF face à Infantino

Un même projet, deux réactions à l’opposé. Depuis l’annonce mardi par la FIFA de son plan visant à ouvrir une partie de ses activités commerciales à des investisseurs privés, l’UEFA et la CAF affichent des positions qui ne pourraient être plus différentes. D’un côté, l’Europe dénonce une ligne rouge franchie. De l’autre, l’Afrique choisit d’étudier la proposition avant de trancher.

Un rejet de principe contre une ouverture calculée

La réaction de l’UEFA a été immédiate et sans nuance. L’instance européenne a jugé que le projet « franchit une ligne que les institutions dirigeantes du football ne devraient jamais franchir », une formule qui ne laisse guère de place à la négociation. Le message est clair : pour l’UEFA, ce n’est pas seulement l’arrivée de capitaux privés qui pose problème, mais l’idée même que la gouvernance du football puisse se négocier.

La CAF, à l’inverse, a opté pour la prudence plutôt que la condamnation. Son président, Patrice Motsepe, réunit son Comité exécutif pour étudier le dossier, et la confédération invite ses 54 associations membres à participer aux consultations en cours plutôt que de fermer la porte d’emblée.

Ce que cette divergence révèle

Cette opposition ne se limite pas à un duel entre deux instances : la Concacaf et l’AFC ont elles aussi exprimé des réserves, rejoignant sur le fond la position européenne, quand la CAF reste pour l’instant la confédération la plus ouverte au dialogue. Le partage passe donc moins par une frontière géographique stricte que par le poids respectif de l’autonomie financière de chaque instance dans sa décision.

La trajectoire personnelle de Motsepe éclaire aussi le positionnement de la CAF. Réélu sans opposition à la présidence en mars dernier, il connaît Gianni Infantino depuis de nombreuses années, un lien ancien qui pèse sur la manière dont le dossier est traité au sein de la confédération africaine.

Un même chiffre reçoit par ailleurs deux lectures opposées. Le plan promet jusqu’à 20 millions de dollars de financement exceptionnel par fédération membre. Pour les grandes fédérations européennes, dont les budgets se comptent déjà en centaines de millions, cette somme pèse peu face aux inquiétudes de gouvernance. Pour de nombreuses fédérations africaines aux moyens plus limités, elle représente plusieurs années de budget, ce qui explique en partie la retenue de la CAF avant de trancher.

Les deux confédérations opposent enfin deux logiques distinctes. L’UEFA conteste un principe : que la gouvernance et l’intégrité du football deviennent des actifs négociables. La CAF raisonne davantage en opportunité de développement pour le continent qu’en doctrine à défendre coûte que coûte — deux philosophies de ce que doit être le rôle d’une confédération continentale.

Le climat électoral n’est pas neutre non plus. Infantino, pour l’instant seul candidat déclaré à sa réélection prévue en mars 2027, joue une partie de son autorité dans la manière dont les grandes confédérations se positionnent aujourd’hui. La façon dont ce dossier se dénouera pourrait préfigurer les rapports de force du prochain scrutin à la tête de la FIFA.

Un dossier encore ouvert

Rien n’est arbitré à ce stade. La CAF doit encore trancher sa position définitive à l’issue de la réunion de son Comité exécutif, et l’UEFA a durci le ton à mesure que de nouveaux éléments, comme une date limite du 19 septembre imposée aux fédérations pour accepter l’offre de financement, ont émergé. Le sort de ce projet dépendra en grande partie de la capacité de la FIFA à convaincre, ou non, les fédérations les plus réticentes avant le vote final de son Conseil.

1 réflexion au sujet de “Coupe du monde : ce que révèlent les postures opposées de l'UEFA et la CAF face à Infantino”

Laisser un commentaire