Un tuyau de 13 kilomètres pourrait bouleverser la logistique des lancements les plus lourds jamais tentés depuis le sol américain. SpaceX prévoit de construire son propre gazoduc de gaz naturel, baptisé Starpipe, pour alimenter sa base texane de Starbase, selon des documents déposés auprès de la Texas Railroad Commission et consultés par Reuters. La construction doit débuter dès le mois prochain, pour une mise en service annoncée courant janvier 2027.
Un tracé du Port de Brownsville jusqu’à Starbase
Le gazoduc partira d’un terrain de 83 acres que SpaceX loue au Port de Brownsville et rejoindra Starbase sur environ 13 kilomètres, avec un diamètre de 406 millimètres. Le document déposé auprès des autorités texanes l’a été par Lone Star Mineral Development, une filiale de SpaceX, ce qui confirme que l’entreprise pilote directement l’opération plutôt que de sous-traiter à un énergéticien tiers. Des plans d’ingénierie transmis à l’Army Corps of Engineers américain montrent qu’une usine de liquéfaction doit également voir le jour sur place, pour transformer le gaz acheminé en méthane liquide directement utilisable par les fusées.
Le carburant est aujourd’hui livré par camions-citernes, une méthode qui atteint ses limites : chaque lancement de la fusée Starship consomme environ 2,4 millions de litres de méthane liquide. Douze vols d’essai ont eu lieu depuis avril 2023, un rythme que Elon Musk entend multiplier alors que la Federal Aviation Administration plafonne pour l’instant les autorisations à 25 lancements annuels depuis le site de Boca Chica. Le diamètre retenu pour Starpipe dépasserait déjà les besoins liés à ce quota, signe que l’entreprise anticipe un relèvement du plafond.
Une filiale minière qui laisse entrevoir un forage propre
L’implication de Lone Star Mineral Development dans le dossier n’est pas anodine : son nom même suggère que SpaceX ne se limite pas à transporter du gaz, mais explore la possibilité de l’extraire elle-même. Cette hypothèse a été confirmée publiquement par la présidente de l’entreprise, Gwynne Shotwell, le 12 juin, lors de l’entrée en bourse de SpaceX. Elle a indiqué que le groupe travaillait à la construction de pipelines, au traitement de son propre propergol, et évaluait un projet de forage de gaz naturel au Texas. Des relevés fonciers du comté de Cameron, également consultés par Reuters, indiquent que SpaceX aurait signé plus d’une centaine de baux pétroliers et gaziers dans l’État depuis 2023.
Cette trajectoire prolonge une logique déjà appliquée par l’entreprise à la fabrication de ses moteurs et à l’exploitation de son réseau de satellites Starlink : maîtriser chaque maillon de sa chaîne de production plutôt que dépendre de fournisseurs extérieurs. Devenir producteur amont de gaz naturel représenterait toutefois un changement d’échelle : le forage relève d’un savoir-faire industriel distinct de l’aérospatiale, et aucune décision finale n’a été rendue publique sur ce volet.
Des réserves environnementales déjà exprimées
Des associations de défense de l’environnement ont fait part de leurs inquiétudes, la zone entourant Starbase englobant des habitats côtiers considérés comme sensibles. Ni SpaceX ni l’Army Corps of Engineers n’ont pour l’heure communiqué de calendrier détaillé de construction au-delà du démarrage annoncé pour le mois prochain. La mise en service de Starpipe, si elle se confirme en janvier 2027, coïncidera avec la période où SpaceX espère obtenir de la FAA un relèvement de son quota annuel de lancements.



