Quatre ans après son arrivée au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré engage une nouvelle réforme du secteur humanitaire au Burkina Faso. Le Conseil des ministres, réuni le 2 juillet 2026 à Ouagadougou, a adopté un décret imposant une accréditation obligatoire à toutes les organisations humanitaires opérant dans le pays. La mesure, portée par le ministère de la Famille et de la Solidarité, s’applique dans un pays confronté depuis plusieurs années à une insurrection armée.
Un système d’accréditation pour cartographier les ONG
Le texte, présenté par la ministre Passowendé Pélagie Kaboré, donne à l’État un droit de regard sur la localisation et les zones d’action de chaque structure humanitaire. La responsable gouvernementale a indiqué que la réforme doit permettre aux autorités « d’avoir un regard particulier sur leur répartition sur le territoire national et surtout sur leurs zones d’intervention ».
Le décret comporte également un volet budgétaire : 60 % des financements humanitaires devront désormais servir en priorité à renforcer l’autonomie économique des populations bénéficiaires, dans l’objectif affiché de réduire leur dépendance à l’aide extérieure. Le texte interdit par ailleurs la diffusion d’images de personnes vulnérables aux côtés des dons distribués, une pratique jusqu’ici répandue dans la communication des ONG sur le terrain.
Une crise humanitaire sous tension budgétaire
La réforme intervient alors que les besoins restent élevés. Selon le Plan de réponse humanitaire consolidé par le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, 4,5 millions de personnes avaient besoin d’assistance au Burkina Faso en 2026, un chiffre en repli par rapport aux 5,9 millions recensées l’année précédente. À la fin de l’année 2025, à peine un tiers du budget humanitaire annuel avait été mobilisé.
Le pays fait face depuis plusieurs années aux actions de groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique, à l’origine de déplacements de population. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés évoquait plus de deux millions de personnes déplacées internes selon les données gouvernementales disponibles.
Un ensemble de réformes adoptées le même jour
Le décret sur l’humanitaire s’accompagne d’autres textes adoptés lors du même Conseil des ministres, dont la création d’une Académie technologique du Faso rattachée à la présidence et celle de CIM-SAHEL, une structure destinée à réguler le marché du ciment. Le ministre porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, a présenté l’ensemble de ces décisions comme relevant de la marche courante de l’État.
Aucune date d’entrée en application effective des nouvelles règles d’accréditation n’a été précisée à l’issue du Conseil des ministres, les modalités pratiques devant être fixées par voie réglementaire dans les prochaines semaines.
