À Cotonou, le 21 juillet 2026, Kevin Degila a présenté officiellement son ouvrage Construire un LLM de zéro : Des mathématiques aux agents IA, une plongée pédagogique au cœur des grands modèles d’intelligence artificielle. À travers ce livre, l’expert béninois veut contribuer à faire émerger une génération africaine capable de comprendre, adapter et créer ses propres solutions numériques.
La cérémonie de lancement a réuni experts du numérique, acteurs institutionnels, membres du gouvernement, entrepreneurs et des passionnés d’innovation autour d’un enjeu désormais stratégique pour les économies africaines : comment passer du statut d’utilisateur des technologies d’intelligence artificielle à celui de concepteur de solutions adaptées aux réalités locales ?
Dans son intervention, l’auteur a choisi de projeter l’assistance dans un futur proche. Celui d’un entrepreneur béninois de 2029 dont l’entreprise fonctionnerait en permanence grâce à une équipe d’agents IA capables d’analyser des données, d’anticiper des opportunités, d’interagir avec des clients ou encore d’optimiser certaines décisions.
Mais derrière cette vision prospective, Kevin Degila a surtout voulu alerter sur une dépendance technologique déjà présente. « Nous sommes en train de créer, d’utiliser, de créer de la valeur sur des acquis, sur des bases qui ne nous appartiennent pas et que nous ne maîtrisons pas du tout », a-t-il expliqué, appelant les acteurs africains à mieux comprendre les technologies qu’ils utilisent quotidiennement.
Comprendre les LLM pour ne plus rester simple consommateur d’IA
Pour Kevin Degila, l’enjeu de cet ouvrage ne consiste pas à apprendre à utiliser des outils comme ChatGPT, mais à comprendre leur fonctionnement interne afin de pouvoir les adapter aux besoins africains. « Comprendre comment fonctionne un modèle d’IA, ce n’est plus un luxe académique. C’est une nécessité économique, une nécessité scientifique, une nécessité stratégique », a-t-il déclaré devant les participants.
L’auteur estime notamment que les prochaines avancées dépendront de la capacité des ingénieurs et chercheurs africains à concevoir des modèles plus adaptés aux réalités locales. Des modèles capables, par exemple, de mieux prendre en compte les langues africaines, les systèmes administratifs ou encore les secteurs prioritaires comme l’agriculture, la santé ou l’éducation.
Selon lui, l’Afrique n’a pas nécessairement besoin de reproduire la course aux modèles géants développés par les grandes puissances technologiques. Elle doit plutôt développer des compétences permettant de créer des solutions plus sobres, plus accessibles et mieux adaptées à ses contraintes. « L’Afrique n’a pas besoin que chacun construise un modèle géant. Elle a besoin que des millions d’Africains comprennent suffisamment l’IA pour ne plus dépendre uniquement de ceux qui construisent ailleurs », a-t-il soutenu.
Une ambition qui rejoint la vision portée par Mahuna Akplogan, ministre de la Transformation Digitale et de l’Innovation, qui a accepté de préfacer l’ouvrage. Pour le membre du gouvernement, l’intérêt principal du livre réside dans sa capacité à rendre accessibles des concepts complexes tout en les inscrivant dans un contexte proche des réalités africaines. « On n’écrit pas beaucoup par ici. Et même quand on le fait, ce n’est souvent pas très contextualisé », a relevé le ministre, saluant le choix de Kevin Degila de proposer des exemples ancrés dans l’environnement local.
Un ouvrage pensé comme une expérience d’apprentissage
Au-delà du livre physique, la présentation a également permis de découvrir l’univers numérique conçu autour de l’ouvrage. Kevin Degila est revenu sur cette approche lors d’une démonstration destinée à montrer comment les lecteurs peuvent expérimenter les concepts développés dans le livre.
À travers une plateforme interactive, les utilisateurs peuvent visualiser certaines notions mathématiques qui constituent la base des grands modèles de langage, notamment les vecteurs, les fonctions ou encore les mécanismes d’apprentissage des réseaux de neurones.
L’objectif est de rendre accessibles des notions souvent perçues comme complexes en les reliant à des situations concrètes. L’auteur a notamment illustré le principe des vecteurs à partir d’un exemple simple autour d’un mélange de jus de fruits, permettant de comprendre comment une intelligence artificielle peut comparer des éléments et identifier des proximités. « Ce n’est pas une liste de concepts qu’il faut garder en tête. C’est plutôt un contexte, une histoire précise dans laquelle, à chaque besoin, il y a une réponse », a expliqué Kevin Degila lors de cette démonstration.
Cette approche pédagogique constitue l’une des particularités revendiquées de l’ouvrage. L’auteur explique avoir multiplié les relectures et utilisé plusieurs outils d’intelligence artificielle afin d’améliorer la clarté des explications proposées.
Le défi africain de la souveraineté numérique
La cérémonie de lancement s’est achevée par une session d’échanges avec le public, au cours de laquelle les participants ont salué l’initiative et l’audace de consacrer un ouvrage à un domaine aussi stratégique que l’intelligence artificielle.
Pour les participants, Construire un LLM de zéro : Des mathématiques aux agents IA arrive dans un contexte où l’IA devient progressivement un facteur de compétitivité pour les entreprises, les administrations et les systèmes éducatifs. Avec cet ouvrage, Kevin Degila entend surtout ouvrir une porte vers une meilleure compréhension des technologies qui transforment déjà les usages économiques et sociaux.
La séance de dédicace, qui a suivi les échanges, a constitué un temps fort de cette soirée consacrée à l’intelligence artificielle, à l’innovation numérique et aux ambitions africaines dans la maîtrise des technologies du futur.


