L'Allemagne va produire jusqu'à 800 missiles ATACMS par an pour l'Ukraine et l'OTAN dès 2027

Pour la première fois de son histoire, un missile balistique américain sortira d’une chaîne de montage hors des États-Unis. Lockheed Martin et Rheinmetall ont signé mardi un protocole d’accord pour co-produire des missiles ATACMS sur le site allemand d’Unterlüß, en marge du sommet de l’OTAN à Ankara. L’accord, appuyé par Washington et Berlin, doit encore recevoir l’aval définitif du gouvernement américain avant de se concrétiser en coentreprise.

Une usine centenaire mobilisée pour la production de missiles guidés

Le site retenu n’a rien d’un terrain vague. Vieille de 125 ans, l’usine de Rheinmetall à Unterlüß, dans le nord de l’Allemagne, emploie déjà environ 4 000 salariés et fabrique munitions, systèmes d’armes et véhicules blindés chenillés. Une usine de moteurs-fusées, presque achevée sur place, doit débuter la production de composants de missiles guidés dès 2027, avant une montée en cadence progressive sur 2028 et 2029.

Le PDG de Rheinmetall, Armin Papperger, avait déjà évoqué ce calendrier en mai. Selon les estimations du groupe allemand, la demande annuelle combinée de l’Europe et de l’Ukraine oscille entre 600 et 800 unités ATACMS, un volume que la nouvelle chaîne allemande vise précisément à couvrir. « Nous établissons la base industrielle en Allemagne pour des systèmes de défense modernes très demandés par les forces armées européennes », a déclaré Papperger.

Washington réoriente sa production vers un missile de nouvelle génération

Ce transfert industriel s’explique aussi par les choix stratégiques de Lockheed Martin. L’entreprise américaine réduit progressivement la production d’ATACMS sur son site de Camden, dans l’Arkansas, pour concentrer ses efforts sur le Precision Strike Missile (PrSM), appelé à terme à remplacer l’ATACMS au sein de l’arsenal américain. La demande européenne et ukrainienne pour l’ancien système reste élevée, créant un goulot d’étranglement que la coentreprise germano-américaine entend résorber.

D’une portée pouvant atteindre 300 kilomètres et tirable depuis les lance-roquettes HIMARS et M270 MLRS, l’ATACMS s’est imposé comme un outil de frappe en profondeur central dans le soutien occidental à Kyiv depuis le début du conflit. Le partenariat entre les deux groupes ne date pas d’hier : un premier protocole de coopération avait été signé en 2024, élargi en avril 2025 à un « centre de compétence » plus large pour les missiles et armes guidées.

Un feu vert américain encore attendu

Le transfert de la technologie ATACMS vers l’Allemagne reste soumis au consentement du gouvernement américain, condition nécessaire pour transformer ce protocole d’accord en coentreprise opérationnelle. Si cette validation intervient, la production de composants pourrait débuter dès 2027 à Unterlüß, avec une montée en puissance prévue jusqu’en 2029 pour répondre à la demande alliée.

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