Maroc-Algérie : la partie d’échecs diplomatique de l’Espagne

Pedro Sánchez a atterri lundi 20 juillet 2026 à Alger pour sa première visite officielle en Algérie depuis six ans. À sa descente d’avion, le chef du gouvernement espagnol a qualifié le pays de « pays ami et stratégique pour l’Espagne ».

Cette formule intervient six mois après une déclaration prononcée à Bruxelles par le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares. Le 31 janvier 2026, à l’issue du Conseil d’association Maroc-UE, il avait présenté le Maroc comme un « allié indispensable » pour l’Espagne et l’Union européenne.

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Deux rivaux qui ne se parlent plus depuis 2021

Les deux formules pèsent le même poids diplomatique, mais elles s’adressent à deux capitales qui ne se parlent plus officiellement. Le 24 août 2021, l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc, fermé son espace aérien aux avions marocains et coupé son approvisionnement en gaz via le gazoduc Maghreb-Europe. Alger justifiait cette décision par un soutien marocain allégué à un mouvement séparatiste kabyle, par l’affaire d’espionnage liée au logiciel Pegasus, et par le rapprochement de Rabat avec Israël.

Cette rupture, la deuxième après un précédent épisode en 1976, s’ajoute à une rivalité ancienne pour le leadership du Maghreb, nourrie par le contentieux territorial du Sahara occidental et par la guerre des Sables de 1963. Depuis 2021, les deux voisins évitent la confrontation armée malgré plusieurs incidents dans la région disputée, sous l’effet d’une retenue mutuelle et de pressions occidentales.

Un vocabulaire calibré entre deux frères ennemis

Ce grand écart lexical espagnol répond à un précédent : en mars 2022, le soutien de Madrid au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental avait provoqué une rupture avec Alger. L’Algérie avait alors suspendu son traité d’amitié avec l’Espagne et gelé une grande partie de ses échanges commerciaux pendant près de deux ans. Les exportations espagnoles vers l’Algérie, qui atteignaient 3,6 milliards d’euros en 2014, s’étaient effondrées à 332 millions d’euros en 2023.

Le poids du gaz algérien

La réactivation du traité d’amitié entre Madrid et Alger, actée le 26 mars 2026 entre le président Abdelmadjid Tebboune et José Manuel Albares, répond en grande partie à des considérations énergétiques. L’Algérie est redevenue, au premier semestre 2026, le principal fournisseur de gaz de l’Espagne, dans un contexte de tensions énergétiques mondiales liées au conflit au Moyen-Orient. Les discussions du 20 juillet ont porté sur une possible augmentation des volumes transportés par le gazoduc Medgaz.

Le volume global des échanges commerciaux entre les deux pays a atteint environ 8,5 milliards d’euros en 2025, selon des données citées par la presse algérienne.

Un Maroc sous surveillance, pas sans friction avec Madrid

Cette relation privilégiée avec le Maroc n’est pourtant pas exempte de tensions. Selon un sondage SocioMétrica pour le quotidien El Español, réalisé mi-avril 2026, 57,6 % des Espagnols considèrent le Maroc comme une menace militaire pour leur pays, juste derrière la Russie. L’armée espagnole évalue par ailleurs des scénarios défensifs face à la modernisation de l’arsenal marocain, perçue à Madrid comme une pression grandissante sur la souveraineté espagnole en Afrique du Nord et dans les îles Canaries.

Plusieurs dossiers restent en suspens entre les deux royaumes : la souveraineté de Ceuta et Melilla, la délimitation maritime autour du mont sous-marin Tropic — riche en tellure, un métal stratégique pour la transition énergétique — ainsi que le choix du pays hôte de la finale de la Coupe du monde 2030, coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.

Une ligne de crête pour Madrid

La visite de Sánchez à Alger est suivie de près à Rabat. Selon le média algérien Algérie Patriotique, le régime marocain observerait les déclarations du dirigeant espagnol « sur des charbons ardents ».

L’équilibre que cherche à maintenir Madrid entre les deux capitales maghrébines reste soumis à des aléas politiques des deux côtés de la Méditerranée. En Espagne, l’issue d’éventuelles élections anticipées pourrait redéfinir la feuille de route bilatérale avec le Maroc. Le dossier du Sahara occidental, à l’origine à la fois de la rupture algéro-marocaine de 2021 et de la crise hispano-algérienne de 2022, demeure la variable qui pourrait à tout moment rouvrir une nouvelle crise dans la région.

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