Huit rencontres à élimination directe, zéro but inscrit : c’est le paradoxe qui poursuit Cristiano Ronaldo depuis vingt ans en Coupe du monde. Devenu le premier joueur de l’histoire à avoir trouvé le chemin des filets lors de six éditions du tournoi, l’attaquant portugais bute systématiquement dès que la compétition entre dans sa phase couperet. Une statistique que le capitaine du Portugal espère briser jeudi face à la Croatie.
Une série ouverte depuis 2006
En 2006, en Allemagne, Ronaldo atteint les demi-finales avec la Seleção sans jamais marquer face aux Pays-Bas, à l’Angleterre ou à la France. Cette édition l’avait pourtant révélé au grand public : entré en jeu contre l’Iran, il avait transformé un penalty décisif à 21 ans, son unique réalisation du tournoi. Ce même Mondial l’avait aussi placé sous les projecteurs pour d’autres raisons, après le penalty controversé obtenu face à l’Angleterre en quarts. Le sélectionneur technique de la FIFA, par la voix de son responsable Holger Osieck, avait alors préféré récompenser Lukas Podolski plutôt que le Portugais, jugeant que « les joueurs doivent être des modèles ».
Quatre ans plus tard, en Afrique du Sud, l’histoire se répète : un seul but contre la Corée du Nord lors de la phase de groupes, puis un mutisme total lors de l’élimination en huitièmes contre l’Espagne (1-0). Le Mondial 2014 tourne court dès les poules, avant un nouveau blocage en 2018 face à l’Uruguay (2-1), pourtant l’un de ses tournois les plus prolifiques avec quatre buts en quatre matches de groupe. En 2022 au Qatar, relégué sur le banc par Fernando Santos, ses entrées en jeu ne suffisent pas à faire trembler la Suisse ni le Maroc en quart de finale. Au total, plus de 550 minutes jouées en matches à élimination directe sans la moindre réalisation.
Un contraste frappant avec son bilan en club
Cette statistique tranche avec les standards habituels du quintuple Ballon d’Or. Entre 2014 et 2018 sous le maillot du Real Madrid, il avait marqué 34 buts en phase à élimination directe de Ligue des champions, soit 21 de plus que n’importe quel autre joueur sur la période, contribuant à quatre sacres européens consécutifs. Le contraste montre à quel point la pression d’un tournoi couperet international semble affecter un rendement qui reste, par ailleurs, spectaculaire en phase de groupes : ses dix buts en Coupe du monde, tous inscrits avant les huitièmes, en font le meilleur buteur portugais de l’histoire de l’épreuve, devant Eusébio.
Le Portugal face à la Croatie pour tenter d’inverser la tendance
Le Portugal, emmené par Roberto Martínez, aborde les seizièmes de finale du Mondial 2026 face à la Croatie de Luka Modric. La Seleção a bouclé une phase de groupes en demi-teinte, terminant deuxième du groupe K avec un nul contre la RD Congo, une large victoire contre l’Ouzbékistan et un nouveau partage des points face à la Colombie. Un parcours sans défaite, appuyé sur la meilleure défense du tournoi, mais qui a aussi révélé des difficultés à se montrer tranchant offensivement à l’approche de la confrontation avec les Croates, eux-mêmes qualifiés après un début compliqué face à l’Angleterre.
À 41 ans, pour ce qui pourrait être son dernier Mondial, Cristiano Ronaldo sait que chaque match à élimination directe compte désormais différemment. Le rendez-vous est fixé au 3 juillet 2026, avec un coup d’envoi prévu autour de 1h30, heure française, à Toronto.



