L’Espagne a battu l’Argentine 1-0 en finale de la Coupe du monde 2026, dimanche, grâce à un but de Ferran Torres inscrit à la 106e minute. Ni Lionel Messi ni Cristiano Ronaldo ne repartent donc de ce tournoi avec le trophée qui aurait pu clore, une fois pour toutes, leur rivalité de deux décennies.
Deux légendes, deux sorties sans couronne
Le Portugais a quitté la compétition dès les huitièmes de finale, éliminé par l’Espagne, future championne. Il a lui-même confirmé qu’il s’agissait de son dernier Mondial. L’Argentin, lui, est allé jusqu’au bout, porté par une remontée spectaculaire face à l’Égypte puis une victoire arrachée en prolongations contre l’Angleterre en demi-finale. Mais la finale lui a échappé. À 38 ans, il boucle ainsi une carrière internationale sans doubler son titre de 2022. Sur le plan strictement sportif, aucun des deux n’ajoute de ligne décisive à son palmarès lors de cette édition. Le débat sur le meilleur joueur de l’histoire, censé trouver une issue nette en 2026, reste ouvert.
Ronaldo, un soutien national qui n’a pas toujours été unanime
Au Portugal, l’image de Ronaldo reste celle d’un héros national : le Premier ministre portugais a offert son maillot au Premier ministre indien lors d’une visite officielle, signe de sa valeur de représentation du pays. Avant ce Mondial, les coéquipiers de sa sélection avaient organisé une réunion spécifique pour préparer la vague de critiques attendue à chacune de ses prestations, selon le défenseur Diogo Dalot, qui assure que le groupe reste « inébranlable » dans son soutien envers son capitaine.
Ce soutien n’a toutefois pas toujours été total. Lors du Mondial 2022, un sondage relayé par la presse arabophone indiquait que 70 % des Portugais souhaitaient le voir débuter sur le banc après une série de prestations jugées décevantes. Plus récemment, plusieurs voix, dont celle de l’ancien international allemand Dietmar Hamann, ont plaidé pour qu’il cède sa place à de plus jeunes joueurs comme Gonçalo Ramos, estimant que son influence sur le jeu s’était réduite. Ronaldo s’est dit « déçu » par certains coéquipiers qu’il juge insuffisamment attachés au maillot national.
Ces gestes contrastent avec des épisodes d’agacement observés face à des supporters lors de sollicitations rapprochées, notamment en marge des qualifications, quand d’autres scènes, comme l’hommage à son ancien coéquipier Diogo Jota après la victoire face à la Croatie, ont été saluées comme des marques de sincérité.
Messi, une adhésion nationale qui n’efface pas les critiques à l’étranger
En Argentine, l’image de Messi s’est largement apaisée depuis le sacre de 2022. Le joueur affirme aujourd’hui ressentir l’adhésion de « 95 ou 100 % » des Argentins, après avoir reconnu avoir traversé « une mauvaise période » avec une partie de ce même public durant ses années à Barcelone. Cette adhésion ne se retrouve pas de la même façon à l’international.
Messi a lui-même été visé par des accusations de racisme. L’ancien international néerlandais Royston Drenthe a affirmé avoir été appelé « negro » de façon répétée par l’Argentin lors d’un match disputé en 2010, une accusation démentie par le FC Barcelone à l’époque. Plus récemment, Messi a été critiqué pour son silence après que plusieurs de ses coéquipiers, dont Enzo Fernández, ont entonné un chant jugé raciste envers les joueurs français d’origine africaine après la Copa América 2024.
Un parcours argentin sous enquête
La campagne 2026 de l’Argentine a été marquée par plusieurs signalements pour comportements racistes visant des joueurs et des supporters. La FIFA a ouvert une enquête après qu’un supporter argentin a lancé une insulte raciste au streamer américain IShowSpeed pendant le match contre le Cap-Vert.
Ces épisodes s’ajoutent à un historique de sanctions : la FIFA avait déjà infligé une amende de 120 000 francs suisses à l’Argentine lors des qualifications, pour des chants discriminatoires visant la Colombie.
Une popularité qui ne se résume plus aux stades
Hors du terrain, l’écart reste net entre les deux joueurs : Ronaldo comptabilise environ 665 millions d’abonnés sur Instagram contre 506 millions pour Messi, selon une analyse de MyBettingSites.co.uk. Une étude de l’université NTU de Singapour, menée auprès de plus de 10 000 personnes dans 26 pays, a établi une corrélation entre la préférence pour l’un des deux joueurs et l’orientation politique des sondés. Sur les 26 pays étudiés, 11 penchent encore pour Ronaldo, 8 pour Messi.
Reste une question sans réponse tranchée : un exploit collectif, ou une image publique, peuvent-ils rester intacts dans la mémoire collective lorsqu’ils sont associés à des épisodes contradictoires. Ni la défaite de Ronaldo ni la finale perdue de Messi n’apportent, à elles seules, de réponse définitive.



