Doubler un flux commercial en l’espace de quelques années : c’est l’objectif fixé ce 7 juillet à Addis-Abeba par le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, à l’issue de sa rencontre avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. L’échange, tenu en marge d’une tournée africaine du ministre russe, visait à faire le point sur le partenariat stratégique noué entre Moscou et le continent.
Un cadre de coopération remis sur la table
Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, a rappelé que les bases de cette relation remontaient à un accord-cadre signé en 2019, toujours en vigueur aujourd’hui. Les discussions de la matinée ont porté sur les questions économiques et sociales, avec un accent particulier mis sur la promotion des investissements croisés entre les deux parties. Le président de la Commission a jugé le niveau actuel des échanges insuffisant au regard du potentiel des deux économies : « le niveau de commerce que nous considérons est assez bas aujourd’hui », a-t-il déclaré, avant d’appeler à porter ce volume à 54 milliards de dollars dans les prochaines années.
Ce chiffre confirme une annonce faite le 30 juin par Sergueï Lavrov lui-même, lors d’une réunion du Conseil des affaires russo-africain, où il avait fait état d’échanges commerciaux dépassant 27 milliards de dollars sur l’année écoulée entre la Russie et le continent africain. D’autres responsables russes, dont Tatiana Dovgalenko, directrice du département Afrique au ministère russe des Affaires étrangères, avaient avancé un montant proche de 27,7 milliards de dollars fin 2025, soit une progression de 13 % en un an. La rencontre du 7 juillet confirme la volonté commune d’accélérer cette dynamique plutôt que de la stabiliser.
Infrastructures, énergie et santé au menu des priorités
Au-delà du volume global des échanges, les deux responsables ont identifié plusieurs secteurs jugés prioritaires pour matérialiser cette croissance : les infrastructures, l’énergie, la santé et l’agriculture. Ces domaines recoupent les investissements déjà engagés par des groupes russes sur le continent, à l’image de Rosatom dans le nucléaire civil ou de Lukoil dans l’exploration pétrogazière au Ghana, au Cameroun, au Nigeria et au Congo. La visite de Sergueï Lavrov en Éthiopie, entamée le 6 juillet, montre cette orientation : le projet de centrale nucléaire éthiopienne, mené en partenariat avec la Russie et déjà évoqué à Moscou fin 2025, doit selon Addis-Abeba aboutir dans un délai d’une dizaine d’années.
Une présence renforcée sur le terrain
L’entretien avec la Commission de l’UA ne constitue qu’une étape d’un déplacement africain du chef de la diplomatie russe. Après Addis-Abeba, où il devait également rencontrer son homologue éthiopien Gedion Timothewos et le Premier ministre Abiy Ahmed, Sergueï Lavrov doit se rendre le 8 juillet au Niger, dans le cadre de rencontres ministérielles associant également l’Alliance des États du Sahel, le Mali et le Burkina Faso. Les discussions à Addis-Abeba ont par ailleurs porté sur la préparation du troisième sommet Russie-Afrique, dont Vladimir Poutine a fixé la tenue à Moscou les 28 et 29 octobre 2026 par décret signé le 25 mars dernier.
L’objectif des 54 milliards de dollars devra désormais être décliné en engagements concrets d’ici ce sommet d’octobre, présenté par les deux parties comme le prochain rendez-vous déterminant pour mesurer les avancées du partenariat commercial russo-africain.
