Au Bénin, berceau ancestral du Vodun, la préservation et la valorisation du patrimoine spirituel a pris une tournure professionnelle. Confronté à la prolifération de charlatans et de faux initiés qui entachent le sacre des traditions, le gouvernement béninois, à travers le Comité des rites Vodun, a engagé un vaste chantier de réorganisation et de restructuration du secteur. Cette dynamique ambitieuse promet de redonner à la spiritualité endogène toute sa pureté originelle.
Depuis plusieurs années, l’univers des cultes traditionnels béninois subit les assauts répétitifs de pseudo-praticiens. Multipliant les promesses irréalistes de richesse immédiate, de guérison miracle ou de résolution d’affaires sentimentales via les réseaux sociaux et la publicité sauvage, ces individus exploitent la vulnérabilité des fidèles. Les dénonciations de victimes spoliées financièrement et psychologiquement se sont accumulées, ternissant la réputation de l’art divinatoire pluri-centenaire qu’est le Fâ.
Le Fâ n’est pas un banal jeu de hasard ni une marchandise, mais un système complexe de connaissances métaphysiques et philosophiques. L’absence d’un cadre réglementaire clair laissait jusqu’ici, la porte ouverte à n’importe quel imposteur s’improvisant Bokonon (prêtre du Fâ) du jour au lendemain.
Face à cette urgence éthique et culturelle, le Comité des rites Vodun a entamé une réforme structurelle majeure. Pilotée par le président du comité, le professeur Mahougnon Kakpo, cette démarche vise avant tout la labellisation des pratiques liées au Fâ et la clarification de ses contours rituels.
L’axe central de cette restructuration repose sur la création prochaine d’un Ordre national des Bokonon. À l’image des ordres professionnels encadrant les médecins ou les avocats, cette institution aura pour mission d’assainir la profession.
Ainsi, un recensement rigoureux des véritables praticiens permettra de dresser un répertoire national certifié. La maîtrise du Fâ exige un apprentissage théorique et pratique long et rigoureux. L’Ordre veillera à ce que seuls les individus ayant suivi la formation traditionnelle adéquate soient habilités à consulter. Les membres devront respecter des règles éthiques strictes visant à protéger les usagers contre les abus financiers ou coercitifs.
Restaurer la dignité du Vodun et rassurer le public
Pour le Professeur Mahougnon Kakpo et les dignitaires associés à ce projet, il s’agit de séparer le bon grain de l’ivraie. En codifiant les règles d’exercice de la prêtrise traditionnelle, le Comité des rites Vodun ne cherche pas à brider la foi, mais à protéger les valeurs fondamentales de la tradition béninoise.
Cette initiative vise également à renforcer la confiance du public et des touristes de plus en plus nombreux à visiter le Bénin pour découvrir ses richesses culturelles et cultuelles. En garantissant la crédibilité et l’authenticité des consultations divinatoires, le Bénin réaffirme sa position de gardien respecté des sagesses ancestrales en Afrique et dans le monde.
Avec la concrétisation de l’Ordre national des Bokonon, le règne de l’imposture spirituelle touche à sa fin au Bénin. La réorganisation en cours marque ainsi le passage d’une pratique informelle vulnérable aux dérivations vers une profession réglementée, éthique et fière de ses racines.