En sanctionnant la présidente, Trump assène un énorme coup à la CPI en difficulté

La juge Tomoko Akane ne pourra plus effectuer aucune transaction financière ou immobilière aux États-Unis. Washington a annoncé mardi des sanctions visant la présidente de la Cour pénale internationale (CPI), une première pour une dirigeante en exercice de l’institution basée à La Haye.

Un magistrat sénégalais également visé

Le substitut du procureur, Abdoulaye Seye, magistrat sénégalais, figure aussi sur la liste des personnes sanctionnées. Les deux responsables se voient interdire l’entrée sur le territoire américain, en plus du gel de leurs avoirs financiers et immobiliers dans le pays. Le secrétaire d’État Marco Rubio justifie cette décision dans un communiqué : « Ces personnes ont participé directement aux efforts déployés par la CPI pour enquêter, arrêter, placer en détention ou poursuivre des responsables dont le gouvernement n’a pas accepté la compétence de la CPI ».

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La CPI a répliqué le jour même. Dans un communiqué envoyé aux journalistes, l’institution affirme que ces sanctions « sapent l’État de droit » et prévient : « Lorsqu’il est fait pression sur les acteurs judiciaires pour les empêcher d’appliquer la loi, c’est l’ordre juridique international lui-même qui est mis en danger ». Ces mesures s’ajoutent à une liste déjà longue : neuf membres du personnel de la Cour, dont six juges et l’ex-procureur en chef, ont désormais été frappés par des sanctions américaines depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Une offensive née des mandats contre Netanyahou

Les origines de ce bras de fer remontent aux mandats d’arrêt délivrés en 2024 contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, allié de Washington, ainsi qu’à celui visant le président russe Vladimir Poutine. Les États-Unis, signataires du Statut de Rome sans jamais l’avoir ratifié, ont lancé le mois dernier une offensive diplomatique appelant leurs partenaires à quitter la Cour.

Cet appel a trouvé un écho concret sur deux continents. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont formalisé leur retrait entre le 18 et le 24 juin 2026, après l’avoir annoncé dès septembre 2025. Le Tchad a suivi le 27 juillet, devenant le cinquième pays africain à claquer la porte de l’institution. Le Venezuela, de son côté, a notifié son retrait le 24 juillet, une première pour un pays d’Amérique latine, en dénonçant un « biais géographique avéré » qui aurait concentré l’action de la Cour sur l’Afrique et l’Amérique latine au détriment du reste du monde. Conformément à l’article 127 du Statut de Rome, chacun de ces retraits ne prendra effet qu’un an après sa notification officielle à l’ONU.

Une Cour fragilisée depuis sa création

La CPI, installée en 2002 pour juger les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocides, avait déjà connu un précédent avec le départ du Burundi en 2017, premier État à quitter effectivement l’institution. Elle compte aujourd’hui 125 États membres, alors que la Chine, l’Inde, Israël, la Russie et les États-Unis n’y ont jamais adhéré. Face aux organisations de défense des droits humains qui dénoncent un recul dans la lutte contre l’impunité, des associations américaines ont saisi la justice à New York pour contester les sanctions imposées par l’administration Trump, estimant qu’elles privent les victimes de crimes de guerre d’un accès à la justice.

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