Face à Trump, le Canada annonce des négociations économiques et sécuritaires avec l'Union européenne

Des pourparlers formels entre Ottawa et Bruxelles débuteront dès l’automne 2026. Le premier ministre canadien Mark Carney en a fait l’annonce le 22 août, le jour même où des droits de douane américains portés à 50 % sont entrés en vigueur sur une large gamme de produits canadiens.

Une rupture commerciale avec Washington

L’annonce intervient au terme d’une semaine tendue entre les deux voisins nord-américains. Vendredi soir, Carney a mis un terme aux discussions engagées avec Washington et rappelé la délégation canadienne présente sur place, invoquant des exigences de dernière minute jugées incompatibles avec la souveraineté du pays. Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a de son côté accusé Ottawa d’avoir multiplié les reculs en fin de parcours. Le lendemain, les surtaxes de 50 % touchant environ 28 milliards de dollars canadiens de marchandises sont entrées en vigueur. Carney a promis des mesures de rétorsion équivalentes, « au dollar près ».

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Lundi 24 août, le ton est monté d’un cran supplémentaire. Le président américain Donald Trump a annoncé sur son réseau Truth Social une nouvelle hausse des droits de douane, à 50 % dès le 1er janvier 2027, sur les voitures, camions, pièces automobiles et l’acier produits au Canada. Il a averti que les entreprises fabriquant sur le sol américain bénéficieraient de droits nuls, ajoutant que le pays voisin « ne sera plus traité comme un État ».

Un pivot canadien vers l’Europe et l’Asie

Carney a détaillé sa stratégie de diversification commerciale lors d’une allocution tenue à Ottawa. Selon lui, les entreprises canadiennes disposent aujourd’hui d’un accès en franchise de droits à 1,5 milliard de consommateurs à travers le monde. Le premier ministre prévoit de doubler ce chiffre dans les six prochains mois grâce à de nouveaux accords avec les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est et l’Inde, en complément du rapprochement engagé avec l’Union européenne.

Les discussions à venir porteront sur un approfondissement du partenariat économique et sécuritaire entre les deux blocs. En décembre 2025, le Canada avait rejoint l’instrument européen SAFE, doté de 150 milliards d’euros et destiné à financer des achats conjoints d’équipements de défense au sein de l’Union, devenant le premier pays non membre à y participer. Un accord de libre-échange, l’Accord économique et commercial global, lie par ailleurs les deux parties depuis son entrée en vigueur partielle en septembre 2017, après treize années de négociations.

Une opinion publique favorable à la ligne dure

Un sondage réalisé au Canada le week-end suivant la rupture des négociations avec les États-Unis indique que 76 % des personnes interrogées soutiennent la décision de Carney de mettre fin aux discussions avec Washington, et 62 % se disent favorables aux représailles tarifaires annoncées. Ottawa doit présenter les détails de sa contre-offensive commerciale, dont l’application est prévue pour le 8 septembre.

Le rapprochement avec l’Union européenne trouve également un écho dans l’opinion publique canadienne : un sondage réalisé fin février 2025 indiquait que 46 % des Canadiens se déclaraient favorables à un renforcement significatif des liens avec le bloc européen, contre 29 % opposés à une telle orientation. D’autres partenaires commerciaux des États-Unis, dont le Royaume-Uni, le Japon et l’Union européenne elle-même, ont pour leur part conclu des accords tarifaires avec l’administration Trump ces derniers mois, sans rompre les négociations comme l’a fait le Canada.

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