Les 22 et 23 août 2026, Ouidah a accueilli l’édition 2026 de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition (Jistna), placée sous le thème « De la Porte du Non-Retour à la Porte du Retour ». La cérémonie a réuni des représentants diplomatiques haïtiens, des autorités béninoises et des délégations afro-descendantes autour de la mémoire de la traite et de la volonté de renforcer les liens entre l’Afrique, Haïti et les diasporas afro-descendantes.
La cérémonie d’ouverture s’est tenue face à l’océan Atlantique, sur les rivages de Ouidah, haut lieu de mémoire de la traite négrière. La chargée d’affaires par intérim de l’ambassade d’Haïti au Bénin, Dominique Brutus, a inscrit son intervention dans le prolongement de l’histoire commune entre l’Afrique et Haïti.
Elle a rappelé que la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition a été proclamée par l’Unesco en 1997 et que les premières commémorations ont notamment eu lieu en Haïti en 1998.
D’après Dominique Brutus, la commémoration du souvenir de la traite négrière et de son abolition vise à construire progressivement un « corridor de la mémoire » reliant les lieux, les générations et les cultures d’Afrique et de la Caraïbe.
Des projets de jumelage entre communes béninoises et haïtiennes sont envisagés pour renforcer les échanges culturels, scientifiques, touristiques et économiques.
La Sistna, Semaine internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition élargira la portée de la seule commémoration du 23 août en inscrivant le travail mémoriel dans une dynamique plus large de transmission, de reconnexion et de coopération entre le Bénin, Haïti et les communautés afro-descendantes.
Pour la diplomate haïtienne, le thème « De la Porte du Non-Retour à la Porte du Retour » dépasse la seule commémoration. Le retour peut être culturel, spirituel, intellectuel, économique, diplomatique et surtout humain.
Des documents de citoyenneté pour concrétiser le retour
La ministre béninoise des Affaires étrangères, chargée de l’Intégration des Afrodescendants, Corinne Amori Brunet, a placé la notion de « retour » au cœur de son intervention. Le portefeuille de la ministre comprend officiellement l’intégration des Afrodescendants. Elle a évoqué la remise, au cours de la cérémonie, de documents de citoyenneté à des Afro-descendants naturalisés béninois, donnant ainsi une traduction juridique au lien historique revendiqué par certains descendants d’Africains déportés. « Le Bénin vous reconnaît, le Bénin vous accueille », a-t-elle déclaré à l’endroit des bénéficiaires.
Cette démarche s’inscrit dans une politique plus large de reconnexion avec les Afro-descendants. En 2026, plusieurs cérémonies officielles ont déjà consacré l’acquisition de la nationalité béninoise par des Afro-descendants, notamment haïtiens.
La ministre a également cité le projet « Tissu des ancêtres », présenté comme une initiative haïtienne visant à symboliser la reconstruction des liens entre les peuples issus de cette histoire commune. Pour elle, le retour ne saurait toutefois être uniquement administratif ou citoyen. Il doit également être culturel, à travers la transmission des mémoires, les échanges et la création.
Au-delà de la commémoration, Corinne Amori Brunet a plaidé pour une reconnexion entre l’Afrique et ses diasporas qui soit à la fois « physique, humaine, économique et citoyenne ». Elle a notamment évoqué la nécessité de faciliter les mobilités entre l’Afrique, les Caraïbes et les Amériques, de renforcer les échanges universitaires, scientifiques et culturels, mais aussi de favoriser la circulation des compétences, des investissements et des initiatives entrepreneuriales.
Elle a par ailleurs insisté sur la nécessité de préserver et de valoriser les savoirs hérités des ancêtres africains. Les personnes déportées n’ont pas seulement traversé l’Atlantique avec leurs souffrances, a-t-elle souligné : elles ont également emporté des connaissances, des pratiques et des savoirs liés notamment à leur environnement et à la médecine traditionnelle.
Ouidah demeure ainsi, selon la ministre, « le témoin du départ » à travers la Porte du Non-Retour. Mais aux côtés de ce lieu de mémoire, le Bénin entend désormais ouvrir une « Porte du Retour », fondée sur la mémoire, la reconnaissance, la citoyenneté et la coopération avec les communautés afro-descendantes.
Cette orientation rejoint d’ailleurs la création, en janvier 2026, de l’Agence pour l’assistance au retour des Afro-descendants, chargée notamment d’orienter et d’accompagner les personnes éligibles dans leur démarche de retour et d’acquisition de la nationalité béninoise.


