Exorcisme islamique en France : un père condamné après des séances imposées à ses filles

Un père de famille a été condamné en France après avoir imposé des séances de roqya à ses deux filles mineures. L’homme a écopé de trois mois d’emprisonnement assortis d’un sursis, de 300 euros d’amende et d’un stage de citoyenneté, selon les informations publiées le 23 septembre par Europe 1.

L’affaire avait commencé par l’intervention de policiers dans un appartement à Paris, après l’appel d’une voisine qui avait entendu des cris. Sur place, les fonctionnaires ont découvert les deux adolescentes en présence de leur père. L’une était couchée et présentait, selon leur description, un état de grande faiblesse. L’autre avait un comportement agité, alternant rires nerveux et propos dans lesquels elle se désignait comme s’il s’agissait d’une autre personne. Leur père prononçait des passages religieux et projetait sur elles de l’eau préparée dans le cadre du rituel.

Les policiers ont décrit dans leur rapport ce qu’ils considéraient comme une « scène d’exorcisme ». Les investigations ont ensuite permis de retracer d’autres séances auxquelles les deux mineures auraient participé.

Des séances de roqya à La Courneuve

Selon Europe 1, les adolescentes étaient également conduites par leur père dans un local de Seine-Saint-Denis, situé à La Courneuve. Ces visites auraient commencé plusieurs mois avant l’intervention des forces de l’ordre. Les séances pouvaient durer plusieurs heures. Des textes coraniques étaient récités tandis que de l’eau ayant fait l’objet de prières était utilisée sur les jeunes filles. Les enquêteurs ont aussi recueilli des éléments selon lesquels un spray servait à empêcher les adolescentes de dormir pendant certaines séances.

Des réactions physiques et comportementales survenues durant ces pratiques auraient été attribuées à la présence d’un djinn. Les éléments rapportés font état de malaises pouvant aller jusqu’à une perte de connaissance, ainsi que de vomissements et de cris. La roqya désigne une pratique islamique reposant sur la récitation du Coran et d’invocations à des fins de protection ou de guérison spirituelle. Toutes ses formes ne relèvent pas d’un exorcisme. Certaines pratiques reposent toutefois sur la conviction qu’une personne est affectée par un djinn, le mauvais œil ou la sorcellerie et cherchent alors à l’en délivrer.

Des dérives déjà surveillées en France

La Miviludes, chargée en France de la vigilance contre les dérives sectaires, s’est déjà intéressée aux pratiques associées à certaines formes de médecine dite prophétique et aux risques d’emprise pouvant les accompagner. À titre de comparaison, l’organisme avait reçu en 2019 une quinzaine de signalements concernant des dérives associées à la médecine prophétique musulmane, selon l’Unadfi. Cette même année, la Miviludes avait sollicité un chercheur du CNRS afin d’étudier ces pratiques.

La Courneuve avait également été concernée en 2020 par une autre affaire portant sur un établissement proposant des pratiques présentées comme relevant de la médecine occulte. Quatre personnes avaient alors été mises en examen après la fermeture du lieu, selon Le Parisien. Cette procédure était distincte de celle concernant les deux adolescentes.

Une condamnation avec sursis

Dans l’affaire révélée le 23 septembre, le père exerçait comme chauffeur VTC. Europe 1 rapporte qu’un précédent signalement pour violences le concernant avait déjà été effectué. Les investigations ont aussi décrit une surveillance importante exercée sur la vie quotidienne de ses filles. Leur manière de s’habiller, leurs relations sociales ainsi que leurs possibilités de sortie auraient fait l’objet de restrictions imposées par leur père.

La justice a finalement retenu des faits ayant conduit à sa condamnation. Les trois mois d’emprisonnement prononcés sont intégralement assortis du sursis : l’homme n’a donc pas été condamné à effectuer trois mois de détention ferme. Une sanction financière de 300 euros et un stage de citoyenneté complètent la peine.

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