Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, intensifie ses efforts pour préserver l’engagement des États-Unis au sein de l’Alliance atlantique. D’après Politico le 21 mai, il mène depuis plusieurs semaines une offensive diplomatique visant à renforcer la production d’armements et à multiplier les accords de coopération militaire avec Washington, en amont du sommet des dirigeants prévu à Ankara en juillet 2026.
Cette approche s’appuie principalement sur un argument économique : offrir à l’industrie américaine de défense davantage de contrats et des opportunités élargies sur le marché européen, dont les capacités de production restent limitées. Plusieurs diplomates de haut rang de l’OTAN cités par Politico indiquent que Mark Rutte cherche ainsi à augmenter sensiblement le volume de ces partenariats, afin de rendre la présence des États-Unis dans l’Alliance plus avantageuse sur le plan financier pour Washington.
Des menaces de retrait qui pèsent sur le sommet d’Ankara
La manœuvre de Rutte intervient après plusieurs mois de tensions entre Washington et ses alliés. Le 1er avril 2026, Donald Trump a déclaré au quotidien britannique The Telegraph envisager « sérieusement » de quitter l’OTAN, qu’il a qualifiée de « tigre de papier ». Début mai, il a annoncé le retrait de 5 000 soldats américains stationnés en Allemagne, avec exécution prévue sous six à douze mois — une décision motivée en partie par le refus des Européens de soutenir les opérations militaires américaines au Moyen-Orient.
Sur le plan juridique, une loi adoptée par le Congrès américain en 2023 interdit au président de quitter l’OTAN sans l’approbation des deux tiers du Sénat. Mais Trump dispose d’autres leviers pour réduire l’engagement américain sans retrait formel, ce que redoutent les capitales européennes.
Une dynamique industrielle comme ciment politique
La piste industrielle défendue par Rutte reçoit un accueil favorable dans plusieurs délégations. La ministre suédoise des Affaires étrangères, Maria Malmer Stenergard, a trouvé « très appréciable » que le secrétaire général insiste sur des normes communes et une meilleure compatibilité opérationnelle pour « produire davantage et moins cher ». Un diplomate, cité sans être nommé par le même média, juge l’initiative « une bonne nouvelle pour les États-Unis ». Gerlinde Niehus, ancienne responsable au sein de l’OTAN, reconnaît que l’accent mis sur l’industrie « a tout son sens pour détourner l’attention des divisions ailleurs ».
Le sommet des dirigeants de l’Alliance à Ankara, prévu les 24 et 25 juin 2026, constituera le premier test concret de cette approche. Les membres de l’OTAN devront alors s’accorder sur un nouvel objectif de dépenses de défense, actuellement fixé à 2 % du PIB, que plusieurs pays membres n’atteignent pas encore.



