Après l'accord en Iran, Trump ouvre un nouveau front diplomatique en Libye

Deux semaines après la conclusion d’un accord nucléaire avec Téhéran, l’administration Trump s’attaque à un autre dossier explosif du Moyen-Orient élargi : la réunification de la Libye, fracturée depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Le secrétaire d’État Marco Rubio a reçu lundi 29 juin à Washington le commandant adjoint de l’Armée nationale libyenne (ANL), Saddam Haftar, pour discuter des conditions d’un accord politique entre les deux gouvernements rivaux du pays.

Selon le communiqué officiel du Département d’État, Rubio et Haftar ont examiné les « efforts libyens en cours pour unifier les institutions militaires, économiques et politiques du pays », ainsi que les « pistes de coopération possibles pour faire avancer l’unité et la paix ». Rubio a exprimé l’appréciation de Washington pour les efforts des dirigeants libyens visant à « surmonter leurs divisions ». Cette séquence libyenne intervient dans la foulée directe d’un autre dossier brûlant que l’administration Trump vient tout juste de refermer.

Un agenda régional libéré par la sortie du conflit iranien

Le 28 février 2026, les États-Unis avaient engagé avec Israël une série d’opérations militaires contre l’Iran, officiellement pour neutraliser ses capacités nucléaires et balistiques. Près de quatre mois d’hostilités plus tard, les deux pays ont annoncé le 15 juin 2026 la conclusion d’un mémorandum d’entente. Signé électroniquement par les présidents Massoud Pezeshkian et Donald Trump — avec la médiation du Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif — l’accord prévoit un cessez-le-feu, la levée progressive des sanctions américaines, la réouverture du détroit d’Ormuz et un engagement iranien à ne pas développer d’armes nucléaires. Un accord final doit être négocié dans un délai de 60 jours, portant notamment sur le devenir des stocks d’uranium enrichi iranien et un plan de reconstruction évalué à au moins 300 milliards de dollars. Ce relatif apaisement à l’est du Maghreb libère une capacité d’action diplomatique que Washington oriente désormais vers la Libye.

Washington pousse un plan de partage du pouvoir en Libye

L’initiative diplomatique américaine est pilotée par Massad Boulos, conseiller à la Maison Blanche, qui a lancé des pourparlers dès septembre 2025 à Rome entre Saddam Haftar et Ibrahim Dbeibah, Premier ministre du gouvernement de Tripoli reconnu par l’ONU. Depuis, des signaux concrets ont émergé : signature d’un budget national unifié entre les deux administrations rivales et organisation en avril 2026 d’un exercice militaire conjoint sous commandement de l’AFRICOM, une première sur le sol libyen.

Selon des informations non confirmées officiellement, Washington explorerait une formule de partage du pouvoir qui maintiendrait Dbeibah à la tête du gouvernement tout en confiant à Saddam Haftar la direction d’un conseil présidentiel exécutif unifié. Boulos a déclaré à la chaîne Al-Hadath que « ces détails appartiennent aux Libyens eux-mêmes », tout en précisant qu’en cas d’accord, les deux parties seraient invitées à Washington pour une signature en présence de Trump.

Saddam Haftar, héritier d’un camp militaire en quête de légitimité internationale

Fils du maréchal Khalifa Haftar, maître de facto de l’est libyen depuis 2016, Saddam Haftar multiplie les rencontres diplomatiques depuis plusieurs semaines : ministre de la Défense égyptien, président français Emmanuel Macron, chef du renseignement turc Ibrahim Kalin à Benghazi. Sa présence à Washington constitue une étape supplémentaire dans la stratégie de l’ANL visant à obtenir une reconnaissance internationale formelle avant toute négociation finale.

L’activité diplomatique autour de la Libye s’est considérablement intensifiée ce mois de juin. Les ministres des Affaires étrangères d’Égypte, d’Arabie saoudite et de Turquie ont rencontré Boulos au Caire. Le chef du renseignement extérieur italien s’est rendu à Tripoli pour discuter du plan américain avec Dbeibah. Le chef du renseignement égyptien Hassan Rachad a effectué sa première visite à Tripoli depuis 2021.

Des analystes avertissent toutefois des risques de l’initiative. Selon Ben Fishman, ancien directeur pour l’Afrique du Nord au Conseil de sécurité nationale américain et chercheur au Washington Institute for Near East Policy, le plan « retire la souveraineté à la population libyenne » en reconduisant des élites non élues. D’autres experts, cités par Al-Monitor, estiment que Washington risque de raviver les tensions si un accord est annoncé prématurément.

La prochaine étape du processus dépend de la réunion prévue entre Rubio et des représentants du gouvernement de Tripoli, également programmée cette semaine selon le Département d’État. Un accord signé à Washington en présence de Trump reste l’objectif affiché de l’administration.

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