Au Mali et au Burkina, la moto est devenue un enjeu de guerre

Dans les zones de conflit du Sahel, la moto est l’arme logistique des groupes jihadistes : rapide, discrète, capable de franchir des pistes impraticables pour tout véhicule motorisé classique. Après une attaque, les combattants se dispersent en quelques minutes dans la brousse, rendant toute poursuite quasi impossible pour les forces régulières.

Le Mali et le Burkina Faso ont chacun adopté, en l’espace de 48 heures, des mesures destinées à reprendre le contrôle sur la circulation et la commercialisation des deux-roues sur leur territoire.

Bamako suspend la moto hors des villes

Le 3 juin 2026, les autorités de transition maliennes ont publié un arrêté interministériel signé conjointement par cinq ministères — Défense, Justice, Administration territoriale, Sécurité et Transports — suspendant la circulation des motocyclettes de 125 cm³ et plus en dehors des grandes agglomérations. Seuls le district de Bamako, les chefs-lieux de région, les cercles et les arrondissements restent accessibles à ces engins. L’importation et la vente de motos sont également gelées pour une durée d’un an renouvelable. Les commerçants disposent de 90 jours pour déclarer leurs stocks ; les engins non déclarés seront saisis.

La mesure s’applique avec effet immédiat sur l’ensemble du territoire national. Les « Djakarta », deux-roues à moteur moins puissant très répandus en milieu urbain, ne sont pas concernés par l’interdiction.

Ouagadougou choisit la traçabilité

Le 4 juin 2026, le ministère burkinabè de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat a rendu public un arrêté interministériel d’une logique différente : tout fabricant, importateur ou distributeur de cycles, cyclomoteurs et motocycles devra obtenir un agrément auprès des autorités compétentes. Chaque acteur de la chaîne sera tenu de remettre chaque trimestre au ministère du Commerce un rapport détaillant ses stocks, sa clientèle, ainsi que ses prix d’achat et de vente. Lors d’un point de presse tenu le 5 juin à OuagadougouSanibè Faho, coordinateur général de la Brigade Mobile de Contrôle Économique et de Répression de la Fraude (BMCRF), a précisé que l’objectif est d’« assainir le secteur » et de « lutter contre les mauvaises pratiques au détriment des populations ».

Là où Bamako impose une prohibition, Ouagadougou mise sur la surveillance des flux commerciaux pour identifier les approvisionnements susceptibles d’alimenter des groupes armés.

Des délais serrés pour les acteurs du secteur

Les importateurs et distributeurs burkinabè ont jusqu’au 25 août 2026 pour se mettre en conformité. Les fabricants et unités de montage bénéficient d’un délai étendu jusqu’au 25 mai 2027. Au Mali, le délai de déclaration des stocks expire 90 jours après la signature de l’arrêté. Passées ces échéances, les deux gouvernements ont annoncé des contrôles sur l’ensemble de leur territoire et des sanctions pour tout manquement.

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