Lyèce Mouri, ressortissant français d’origine algérienne, a rendu public ce 6 juin 2026 sur son compte TikTok le récit détaillé de ses trois mois de détention au Maroc, survenue à la suite de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations disputée le 18 janvier à Rabat entre le Maroc et le Sénégal. Il est l’un des 19 personnes — dont 18 supporters sénégalais — interpellées ce soir-là dans le stade.
Son témoignage intervient quelques semaines après la clôture de cette affaire très suivie sur le continent. Les trois premiers détenus avaient recouvré la liberté le 18 avril 2026, après avoir purgé leur peine minimale de trois mois. Les quinze supporters sénégalais restants avaient ensuite bénéficié, le 23 mai, d’une grâce accordée par le roi Mohammed VI, motivée selon le communiqué du cabinet royal par des « considérations humaines » et la volonté de préserver les « relations fraternelles » entre le Maroc et le Sénégal. C’est dans ce cadre que Lyèce Mouri, libéré après avoir purgé l’intégralité de sa peine, prend désormais la parole.
Une interpellation décrite sans charge retenue sur le moment
Parisien d’origine algérienne, il explique être venu au Maroc en famille pour suivre la compétition, et avoir porté le maillot du Sénégal à chaque match en raison du lien direct avec l’équipe : son frère aîné figure parmi les entraîneurs adjoints des Lions de la Teranga. Le soir de la finale, il se trouvait en tribune, à une dizaine de mètres de la pelouse. « J’ai passé 3 mois de prison au Maroc juste pour avoir porté un maillot du Sénégal », résume-t-il en ouverture de sa vidéo.
Après le coup de sifflet final, deux policiers en civil l’auraient abordé avec ces mots : « On peut te poser une question vite fait ? T’inquiètes, c’est juste pour des renseignements. » Une fois dans les couloirs, une dizaine d’agents auraient procédé à son interpellation par la force. Il indique avoir présenté son passeport français. La question posée par l’un des policiers sur le lieu de naissance de sa mère — l’Algérie — aurait, selon lui, marqué un tournant : « Son visage, il change, son attitude, elle change. »
Sa famille, restée dans le stade, l’aurait cherché sans obtenir d’explication. « Ils nous disent rien. Ma mère, elle essaie de s’interposer. Elle crie, elle pleure, elle hurle », raconte-t-il. Il aurait été menotté devant ses proches avant d’être conduit en garde à vue.
Trois mois de détention, un procès, une condamnation
Le lendemain de son arrestation, Lyèce Mouri dit avoir appris les charges retenues contre lui : avoir frappé un policier, envahi la pelouse, cassé du matériel et lancé une bouteille. Des accusations qu’il conteste catégoriquement : « J’ai travaillé 3 ans dans un stade. Montrez-moi les caméras, c’est impossible de mentir dans un stade. »
Il a finalement été condamné à trois mois de prison ferme pour jet de projectile, peine confirmée par la cour d’appel de Rabat le 13 avril 2026. Les dix-huit supporters sénégalais avaient, eux, écopé de peines allant de trois mois à un an, pour des chefs d’accusation incluant hooliganisme, violences contre les forces de l’ordre et dégradation d’équipements sportifs.
Détenu à la prison El Arjat 2, au nord-est de Rabat, il dit avoir passé derrière les barreaux son anniversaire, le Ramadan et l’Aïd al-Adha, et avoir suivi de l’intérieur l’ensemble du dossier judiciaire des supporters sénégalais. Il annonce dans sa vidéo son intention de tout détailler dans une prochaine prise de parole : « J’ai tout vu, j’ai tout entendu. Si ça vous intéresse, je vais tout vous raconter. »


