Alors qu’une signature semblait imminente ce dimanche 14 juin, les déclarations contradictoires des deux parties révèlent un fossé profond sur le contenu même du texte en cours de négociation. Sur trois points fondamentaux — le nucléaire, le détroit d’Ormuz et la séquence des concessions — Téhéran et Washington défendent des versions irréconciliables.
Sur le nucléaire : engagement immédiat ou renvoi à plus tard ?
C’est le cœur du désaccord. Selon des sources ayant décrit à CBS News les termes du protocole, l’accord impliquerait, en principe, l’engagement de l’Iran à ne pas enrichir d’uranium pendant 15 à 20 ans, avec le démantèlement de ses sites nucléaires en échange d’un allègement financier échelonné dans le temps et conditionné au respect des engagements.
La version iranienne est radicalement différente. L’agence officielle IRNA affirme que le projet actuel précise qu’*Iran ne prend aucun nouvel engagement sur le nucléaire, et que les négociations sur ce point sont renvoyées à une période de 60 jours après la signature, portant sur la poursuite du programme nucléaire civil iranien, la levée des sanctions unilatérales américaines et des mécanismes de compensation.
Donald Trump a tenté de synthétiser sa position dans une formule : sur Truth Social, il a décrit l’accord comme un mur contre l’arme nucléaire pour l’Iran. Mais il a aussi admis qu’il n’existait pas encore de calendrier précis pour le traitement de l’uranium hautement enrichi iranien, qui serait géré lors d’une future période de calme.
Sur le détroit d’Ormuz : qui contrôle quoi ?
Deuxième point de friction majeur. Selon IRNA, le projet d’accord ne prévoit aucun transfert de contrôle du détroit d’Ormuz à Washington. Sa gestion future serait décidée conjointement par l’Iran et Oman, sans rôle américain.
Washington présente une lecture opposée. Selon un responsable américain cité par Axios, durant la période de 60 jours suivant la signature, le détroit d’Ormuz serait rouvert sans péage, et l’Iran s’engagerait à déminer le détroit pour laisser passer librement les navires. Trump a résumé sa position d’une phrase : dès que l’accord sera signé, le détroit d’Ormuz est ouvert à tous.
Sur les concessions américaines : qui donne quoi et quand ?
L’agence Mehr News, semi-officielle iranienne, a publié ce qu’elle présente comme une ébauche en 14 points, prévoyant notamment que les États-Unis s’engagent à lever les sanctions, retirer leurs forces des zones entourant l’Iran, mettre fin au blocus maritime et libérer les avoirs iraniens gelés. Washington serait également tenu de présenter un plan de reconstruction de l’économie iranienne. Des exigences que Trump a balayées, affirmant que ces termes n’ont rien à voir avec le texte convenu.
Al Jazeera note que Washington aurait implicitement accepté la demande centrale de Téhéran : régler d’abord la guerre et le détroit d’Ormuz, le nucléaire venant ensuite. Un analyste interrogé par la chaîne qualifie cette séquence de concession diplomatique à Téhéran.
Un accord qui attend la signature d’un homme caché
Au-delà des divergences de fond, un obstacle logistique inédit pèse sur le processus. Le Guide suprême Mojtaba Khamenei se trouve en clandestinité depuis trois mois, contraint de communiquer via des réseaux de courriers secrets pour éviter d’être localisé. Le secrétaire d’État Marco Rubio a lui-même confirmé cette réalité, décrivant une structure de négociation dans laquelle les messages arrivent avec plusieurs jours de retard.
NBC News indique que le feu vert formel de Khamenei constitue la dernière pièce manquante avant toute signature. Trump affirme croire qu’il a déjà donné son accord de principe, ce que Téhéran n’a ni confirmé ni démenti.



