Flotte fantôme russe : le Cameroun rejette toute responsabilité dans l'affaire du « Tagor »

Le ministre camerounais des Transports, Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe, a rejeté lundi toute implication de Yaoundé dans l’affaire du pétrolier « Tagor », arraisonné le 31 mai 2026 par la marine française à plus de 740 kilomètres au large de la Bretagne. Le navire, un tanker de type Aframax construit en 2005, battait pavillon camerounais sans y être autorisé.

Dans un communiqué diffusé par la radio d’État, le ministre a confirmé que le « Tagor » « ne figure dans aucun des registres officiels des navires autorisés à battre pavillon camerounais ». Le gouvernement camerounais a exigé des mesures internationales contre des pratiques qu’il qualifie de « frauduleuses et abusives ».

Un pétrolier au profil caractéristique de la flotte fantôme

Le « Tagor » avait quitté le port russe de Mourmansk chargé de brut à destination de Limbé, ville côtière du Cameroun, lorsque la marine française, appuyée par des forces britanniques, a décidé de vérifier la régularité de son pavillon. Le capitaine russe du navire a été brièvement placé en garde à vue avant d’être relâché. Le pétrolier est désormais immobilisé en baie de Douarnenez (Finistère) le temps d’une enquête ouverte pour défaut de pavillon et refus d’obtempérer.

Il s’agit du quatrième pétrolier de ce type intercepté par la France depuis septembre 2025. Ce mode opératoire — changements de nom, de pavillon et d’immatriculation — est au cœur du dispositif mis en place par Moscou pour écouler son pétrole malgré les sanctions occidentales imposées après l’invasion de l’Ukraine en 2022. Selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS), cette flotte transporte environ 3,7 millions de barils par jour, soit 65 % du commerce pétrolier maritime russe, pour des revenus estimés entre 87 et 100 milliards de dollars par an.

Un registre maritime camerounais sous pression depuis février

L’affaire du « Tagor » n’est pas un cas isolé pour Yaoundé. En février et mai 2026, le gouvernement avait déjà publié des communiqués similaires pour dénoncer l’usurpation de son pavillon. En février, sous pression de l’Union européenne, le Premier ministre Joseph Dion Ngute avait réuni les ministères concernés pour examiner une suspension immédiate de tout nouvel enregistrement de navires liés à la flotte fantôme, ainsi que la désimmatriculation rapide des navires déjà enregistrés.

Le gouvernement camerounais a réitéré son engagement à moderniser son registre maritime, conformément à ses obligations internationales en matière de sûreté et de gouvernance maritimes. L’enquête ouverte en France devrait établir les responsabilités dans la chaîne d’exploitation du « Tagor » et déterminer l’identité des opérateurs ayant usurpé l’identité camerounaise du navire.

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