Quatre mois de tensions politiques accumulées ont précédé la décision du Burkina Faso de rompre ses relations diplomatiques avec la France, le vendredi 26 juin 2026. Léonard Lompo, directeur général des affaires juridiques et consulaires au ministère burkinabè des Affaires étrangères, a détaillé les motifs de cette rupture dans un entretien accordé au journal Sidwaya, publié le 28 juin.
« La dégradation des relations politiques entre les deux États, depuis quatre mois maintenant, explique cette rupture », a déclaré le diplomate, précisant que les conditions de respect mutuel, de confiance réciproque et de non-ingérence n’étaient plus réunies selon le gouvernement burkinabè.
Une chronologie de tensions remontant à 2023
La rupture ne surgit pas de nulle part. Lompo rattache la crise actuelle à une série de ruptures antérieures, amorcées dès janvier 2023, lorsque Ouagadougou avait exigé le départ des forces spéciales françaises de l’opération Sabre, basées à Kamboinsin. Le retrait effectif d’environ 400 militaires français avait suivi en février 2023, après la dénonciation par les autorités burkinabè de l’accord militaire bilatéral.
Cette décision avait marqué un tournant dans la stratégie sécuritaire du pays, sous l’autorité du président Ibrahim Traoré, qui avait alors entamé un rapprochement avec d’autres partenaires, dont la Russie. Le rappel ultérieur de plusieurs diplomates, ainsi que les frictions autour de l’ambassadeur français Luc Hallade, avaient ensuite jalonné cette relation sous tension constante. C’est dans ce climat déjà fragilisé que s’est greffée, ces quatre derniers mois, une nouvelle phase de détérioration, jusqu’à atteindre le point de rupture officielle.
Une procédure encadrée par le droit international
Lompo inscrit cette décision dans un cadre juridique précis, citant la Convention de Vienne du 18 avril 1961 sur les relations diplomatiques. Cette rupture entraîne la fermeture des missions diplomatiques et consulaires des deux pays, ainsi que le départ des personnels concernés.
Pour la protection des locaux et archives diplomatiques, le diplomate burkinabè renvoie aux obligations prévues par l’article 45 de cette même convention, ainsi que par l’article 27 de la Convention de Vienne de 1963 sur les relations consulaires. Un mécanisme dit de la « Puissance protectrice » permettrait, selon lui, à un État tiers de garder la charge des biens diplomatiques, sous réserve d’un accord entre les deux parties concernées.
Le responsable burkinabè insiste sur le caractère strictement institutionnel de cette mesure : « Cette décision concerne exclusivement le cadre institutionnel des relations entre les deux États », a-t-il assuré, garantissant que les ressortissants français présents sur le territoire burkinabè continueraient de bénéficier d’une protection conforme aux textes internationaux applicables.
Des précédents qui laissent la porte ouverte
Interrogé sur une possible normalisation future, Lompo a évoqué plusieurs cas de réconciliation diplomatique après rupture, citant le rétablissement des relations entre le Burkina Faso et la Chine en 2018, vingt-quatre ans après leur rupture de 1994, ainsi que les exemples du Royaume-Uni avec la Libye en 1999, et des États-Unis avec ce même pays en 2006.
Pour le diplomate, toute reprise éventuelle des relations avec Paris devra reposer sur le respect mutuel, la non-ingérence et l’égalité souveraine entre les deux États. Aucune échéance n’a toutefois été fixée pour une telle normalisation, le gouvernement burkinabè renvoyant cette perspective à une disparition des causes ayant motivé la rupture.
