Le trafic maritime reste suspendu dans le détroit d’Ormuz, où Téhéran vient de fixer trois exigences avant toute reprise de la navigation. Le négociateur en chef iranien et président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a affirmé dimanche que ces conditions avaient été « clairement transmises » à Washington par l’intermédiaire de médiateurs, selon des propos rapportés par la télévision d’État iranienne. Fait rarement rappelé : Donald Trump lui-même a revendiqué, le 13 juillet dernier, la mise en place d’un blocus naval américain visant les ports iraniens, assorti d’une taxe de 20 % sur le trafic transitant par le détroit — une mesure qui contredit le récit d’un simple blocage unilatéral par Téhéran.
Trois préalables posés à Washington
Selon Ghalibaf, la levée du blocage suppose trois préalables : l’arrêt complet des hostilités militaires, le dégel des avoirs iraniens à l’étranger, et la fin du blocus naval imposé par la marine américaine. Le responsable a précisé que l’Iran entendait mener de front confrontation et diplomatie, expliquant que Téhéran recourrait à la force militaire pour dissuader ses adversaires tout en utilisant la voie négociée pour consolider ses positions.
La veille, le général Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, avait confirmé que ces conditions avaient transité par le Qatar, médiateur régulier dans ce dossier. Une délégation pakistanaise, conduite par le ministre de l’Intérieur Mohsin Naqvi, devait également se rendre à Téhéran ce week-end pour poursuivre les efforts de médiation.
Un mémorandum signé en juin, déjà caduc
L’épisode succède à un accord signé le 17 juin à Versailles, en marge du sommet du G7 d’Évian. Le Mémorandum d’Islamabad, paraphé par Trump et le président iranien Masoud Pezeshkian, prévoyait l’arrêt immédiat des hostilités et ouvrait une période de 60 jours pour négocier une paix durable. Le texte engageait notamment Washington à lever son blocus naval sous 30 jours et à retirer ses forces de la région une fois un accord final conclu, en échange d’un plan de reconstruction évalué à plus de 300 milliards de dollars pour l’Iran.
L’accord s’est fissuré dès le mois de juillet. Une frappe iranienne contre un navire, survenue selon Trump alors que les négociations semblaient progresser, a précipité la rupture : le président américain a jugé le cessez-le-feu « terminé » lors du sommet de l’Otan à Ankara, avant que Washington ne rétablisse ses sanctions pétrolières et son blocus. D’anciens responsables du département d’État ont pointé la formulation imprécise du texte comme cause structurelle de son échec, chaque camp ayant pu l’interpréter à sa convenance, notamment sur la souveraineté du détroit lui-même.
Un passage stratégique toujours paralysé
Avant le déclenchement du conflit le 28 février, un cinquième des hydrocarbures mondiaux transitait par ce couloir maritime reliant le golfe Persique au golfe d’Oman. Le commandant du CENTCOM, Brad Cooper, a affirmé samedi que les forces américaines avaient sécurisé le passage de plus de 2 000 navires commerciaux et d’un milliard de barils de pétrole ces deux derniers mois, tout en soutenant que l’Iran n’avait pu exporter aucun baril depuis l’imposition du blocus. Une version que Téhéran continue de contester, revendiquant au contraire le contrôle effectif du détroit.



