Russie : trois ans après Prigojine, les appels à la mutinerie persistent dans l'armée

Trois ans après la marche armée de Wagner sur Moscou, un nouvel ultimatum lancé au sommet de l’État russe vient rappeler que la fracture entre troupes de terrain et hiérarchie militaire reste ouverte. Alexandre Lunin, ancien soldat de première ligne originaire de la région de Voronej, a menacé l’état-major d’une mutinerie générale s’il n’obtenait pas un entretien télévisé avec Vladimir Poutine, avant d’être arrêté et placé en détention provisoire pour onze jours, selon un proche cité par L’essentiel.

Une vidéo virale dénonçant des abus dans les rangs

Le 25 juin, Lunin publie sur Instagram une adresse directe au président russe, filmée en uniforme militaire. Il affirme vouloir révéler « toute la vérité sur ce qui se passe dans notre pays » et accuse certains commandants de torturer et d’exécuter des soldats ayant refusé des ordres jugés suicidaires ou refusé de leur reverser de l’argent. Il prévient que faute de rencontre rapide avec Poutine à la télévision, l’armée retournerait ses armes contre le Kremlin. La vidéo dépasse les dix millions de vues en moins de vingt-quatre heures, malgré le blocage d’Instagram en Russie. Lunin ne fournit toutefois aucune preuve ni nom de victime à l’appui de ses accusations, comme le souligne le Moscow Times.

Le porte-parole de la présidence, Dmitri Peskov, reconnaît que les autorités ont connaissance de cet appel sans vouloir le commenter avant examen, qualifiant sa formulation de « plutôt étrange », selon The New Voice of Ukraine. Dans les jours suivants, Lunin revient en partie sur ses propos, niant avoir appelé à une mutinerie tout en maintenant sa volonté d’alerter le président. Son domicile est perquisitionné de nuit ; il est interpellé peu après sur la route de Moscou et placé en détention administrative.

Un précédent autrement plus lourd de conséquences

L’épisode ravive le souvenir d’une crise d’une ampleur très différente. En juin 2023, Evguéni Prigojine, chef du groupe paramilitaire Wagner, avait lancé plusieurs milliers d’hommes vers la capitale russe après avoir accusé le ministère de la Défense d’avoir bombardé ses positions. Cette colonne armée, stoppée à quelques heures de Moscou grâce à une médiation du Bélarus, avait exposé une fracture inédite au sommet de l’appareil militaire. Deux mois plus tard, Prigojine mourait dans le crash de son avion privé, un événement que plusieurs services de renseignement occidentaux avaient attribué à une probable élimination commandée par le pouvoir russe.

Entre les deux affaires, la différence de traitement tient moins à une décision affichée du Kremlin qu’à la nature même de la menace : une force organisée en mouvement dans un cas, une vidéo sans capacité opérationnelle dans l’autre. Lunin lui-même indique, selon Meduza, recevoir régulièrement des messages et vidéos d’anciens compagnons d’armes toujours au front, décrivant des conditions qu’il qualifie de « terribles » — un indice que ce type de témoignage circulerait au-delà de son seul cas, sans qu’aucun chiffre officiel ne permette d’en mesurer l’ampleur réelle. L’issue judiciaire de la détention provisoire d’Alexandre Lunin, qui doit s’achever début juillet, déterminera si des poursuites pénales sont engagées contre lui.

2 réflexions au sujet de “Russie : trois ans après Prigojine, les appels à la mutinerie persistent dans l'armée”

  1. « Il prévient que faute de rencontre rapide avec Poutine à la télévision, l’armée retournerait ses armes contre le Kremlin »

    Commentaires d’un allumé. Il prend peut-être les mêmes produits que zézésky, les propose se ressemblent.
    Ce qui est certain,c’est que ce gars est en stand alone. Il n’a aucun pouvoir sur l’armée. Mais ce genre de menace est en général durement répimé

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    • Lunin a été réformé du fait d’une commotion cérébrale (au combat semble-t-il).
      Les produits utilisés pour le soigner auraient produit un « trouble mental grave. »

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