Depuis Avril 2016 qu’il est au pouvoir, Patrice Talon cultive le secret sur tout. Son agenda, ses voyages, ses audiences et même ses décisions les plus importantes, sont cachés au grand public. Le Chef de l’Etat va et vient en toute discrétion.
Tout se passe comme s’il avait du mal à entrer dans la fonction présidentielle et à assumer son statut d’homme politique. « Vous autres de la presse, vous allez me voir très peu ». Cette petite phrase échappait de la bouche de Patrice Talon un soir de mars 2016.
Alors qu’il venait fraîchement d’être proclamé président de la république, il invite la presse dans le jardin de son manoir de la Zone des Ambassade, pour remercier le peuple béninois, ses partisans, les institutions, et donner les priorités de son mandat. A la fin de ce point de presse, il lance à l’endroit des hommes des médias cette phrase qui se révèle aujourd’hui comme un avertissement. Depuis le 06 avril 2016, il se fera rare dans les médias.
En dehors d’une tournée au goût d’inachevé dans le septentrion, Patrice Talon n’a eu aucun contact physique avec ses compatriotes. Le tableau est resté au point zéro sur ce plan, jusqu’au 1er août dernier, où sûrement renseigné sur la baisse de sa côte de popularité, il tente un timide bain de foule à la place de l’Etoile rouge après le défilé. Et c’en est fini. Il retombe dans sa réclusion et gère le pays depuis son téléphone portable. Aucune sortie officielle, aucun lancement d’évènements.
Le Chef de l’Etat comble ce vide par une communication tapageuse qui essaime les réseaux sociaux et la presse écrite. C’est justement par ces médias que le président tient le pays. Ceux-ci informent les populations des actions et décisions du gouvernement, et ceci de façon sélective.
Même les décisions du Conseil des ministres sont parfois entourées de cachotteries. Seules les décisions rendues pour charmer les populations sont abondamment diffusées, les contrats « juteux » d’affermage, de gestion déléguée, de désignation de mandataire, de mise en concession et les marchés attribués gré à gré, sont soigneusement cachés aux populations. Au début, on avait cru aux caprices du nouveau président qui n’arrive pas à se départir de ses habitudes d’homme d’affaires. Mais au fil des jours et des mois, on se rend bien compte que Patrice Talon a déjà forgé son style, celui de rester un président-mystère.
Un président reclus
En moins de deux ans, il devient comme un certain Paul Biya, un des présidents les plus reclus du continent. Si ce dernier a carrément élu domicile à Genève et organise de temps en temps ses retours fortement médiatisés sur Yaoundé, l’homme fort de Cotonou lui, va et revient à Cotonou en toute discrétion. Ses trois derniers mois, il a passé plus de temps à l’extérieur qu’à Cotonou. C’est à Paris que Patrice Talon a semblé élire son quartier général. Depuis près de trois mois, il y va à une fréquence qui commence à inquiéter. Après une opération de la prostate et des complications